Quand Benjamin Franklin voulait un alphabet à l'état de nature

Antoine Oury - 26.07.2013

Edition - Société - Benjamin Franklin - alphabet naturel - respiration


Le rôle qu'a pu jouer Benjamin Franklin dans le développement de l'imprimerie, activité qu'il a exercée pendant un temps à Philadelphie, est connu, mais ses réflexions personnelles allaient bien au-delà. Le signataire de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis avait en effet mis au point un alphabet alternatif, mieux adapté aux parlers anglophones et basé sur les seuls sons produits par la respiration.

 


Une lettre du Dr. Franklin, rédigé dans le fameux alphabet

 

 

Pas difficile de déceler dans cet alphabet la volonté indépendantiste de Franklin : dans les années 1760, il avait pensé à un alphabet différent des traditionnelles 26 lettres usitées dans le monde occidental. Supprimant 6 lettres de ce dernier pour en ajouter un même nombre de créations originales, il souhaitait donner à l'alphabet « un ordre plus naturel ».

 

Franklin entendait se débarrasser des occlusives, labiales et autres fricatives en proposant des sonorités exclusivement basées ou presque sur la respiration, avec des interventions extrêmement restreintes des dents et des lèvres. Pendant un temps, Franklin a ainsi pratiqué ce nouvel alphabet dans ces lettres, attendant des destinataires un avis éclairé.

 

Problème : si l'imprimerie était le fort de Franklin, l'usage d'un alphabet totalement nouveau, par le biais de ses écrits, nécessitait évidemment la création de caractères d'imprimerie adéquats, et leur généralisation à tout le pays. Et, même pour Franklin, le pari était délicat. Il avait bien rencontré Noah Webster, lexicographe resté fameux pour son apport à la langue américaine, mais l'Histoire s'est écrite autrement...