Quand Bowie voulait adapter 1984 d'Orwell en comédie musicale

Joséphine Leroy - 06.04.2016

Edition - International - David Bowie influences - Orwell 1984 Burroughs Orange mécanique - comédie musicale adaptation


Avant qu’on ne s’inspire de lui, David Bowie s’inspirait de livres et de films. Parmi eux, Les garçons sauvages, de William S. Burroughs, 1984 d’Orwell ou encore Orange Mécanique, le film générationnel de Stanley Kubrick. Pour faire ressortir toutes ces références, il projetait de faire des comédies musicales dont il nous reste quelques morceaux. 

 

Bowie

(Alvaro Tapia / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

L’album Diamond Dogs, sorti en 1974, était déjà une sorte de puzzle musical : « La musique était au carrefour du glam rock, de la soul afro-américaine, de cauchemars synthétisés de The Man Who Sold The World et des fanfaronnades rock d’un Jagger », décrit Nicholas Pegg. 

 

En toile de fond, un univers proche de celui d’Orange Mécanique et du roman Les garçons sauvages de William S. Burroughs, Bowie qualifiait l’album d’« éclat apocalyptique ». Dans le scénario qu’il se faisait de l’album, il voulait dépeindre une « ville qui chute (…), une jeunesse perdue qui n’a plus aucune appartenance familiale, mais qui vit par gangs, sur les toits, possédant la ville entière ». Ses « paroles fragmentées et son portrait de l’effondrement sordide de la ville américaine étaient clairement inspirés par Burroughs », écrit Nicholas Pegg. 

 

À côté de cette vision décadente de la société, Bowie avait un projet : adapter le roman dystopique d’Orwell, 1984, en une comédie musicale. Ce roman, reconnu mondialement, racontait l’histoire d’une société totalitaire, sous le joug de Big Brother. Si Diamond Dogs est un album conceptuel, c’est aussi « un travail de récupération, une compilation de morceaux provenant de projets mort-nés ». 

 

En plus du récit de cette « crise urbaine », il nous reste quelques traces de la comédie musicale avortée autour du personnage de Ziggy Stardust, : « Rebel Rebel » et « Rock’n’roll With Me » qui se trouvent dans l’album. Bowie avait mille projets, dont celui de faire une comédie musicale sur Orwell… là encore, le projet a été avorté. Mais Bowie n’a pas tout jeté et il a gardé les titres « We Are Dead », « Big Brother » et, bien sûr, « 1984 ». D’autres titres, provenant de cette incursion dans l’univers orwellien, n’ont pas survécu. 

 

Une part de l’album est donc consacrée à la transformation de Bowie en un dandy extra-terrestre, Ziggy Stardust. Une autre s’inspire des œuvres paranoïaques et magiques de William S. Burroughs. Enfin, une dernière part se retrouve mêlée à la froideur institutionnelle et totalitaire d’Orwell. Concernant Orwell, « ce qui fascinait Bowie », écrit le blog Pushing Ahead of the Damen, « c’était le pouvoir, et la manière schizophrénique de faire croire que l’on pense ce que l’on dit tout en faisant tout pour faire le contraire — ce qui autorise et même encourage les abus politiques ». 

 

Pendant un moment, lorsque Bowie transitait vers sa phase berlinoise, la fascination pour le pouvoir hantait toute son œuvre. Vingt ans après Diamond Dogs, les thèmes orwelliens reviennent encore, par exemple dans son album Outside et son aspect machinal. Comme quoi un livre peut hanter toute une carrière... 

 

 

(via Open Culture