Quand il s'agit de culture, les Français pensent (presque) tout de suite au livre

Antoine Oury - 19.09.2016

Edition - Société - culture Français - livre culture littérature - qu'est ce que la culture


Le ministère de la Culture, au sortir des Journées du Patrimoine, s'est penché sur le rapport des Français avec le terme « culture ». Que désigne-t-il, quels sont leurs rapports avec ce concept et ce qu'il recouvre ? Les réponses révèlent quelques éléments, notamment sur la place du livre dans le cœur des Français.

 

culture

Un terme un peu flou ?

(Elena Bolcekova & Alica Horvathova, « culture », photo par lpk 90901, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Le ministère de la Culture et de la Communication a chargé son département des études, de la prospective et des statistiques de mener une étude sur les représentations de la culture au sein de la population française : 1515 personnes, jugées représentatives de la population comme le veut la méthode des sondages, ont été interrogées en face-à-face à distance, via un ordinateur, puis au cours d'un entretien pour 30 d'entre elles.

 

Le compte-rendu de l'étude, disponible en fin d'article, est signé par Jean-Michel Guy, Chargé d’études au Département des études, de la perspective et des statistiques, ministère de la Culture et de la Communication. L'enquête, dans ses deux volets, a été coordonnée par le Crédoc, sous la direction de Sandra Hoibian et Patricia Croutte.

 

Premier constat, les Français ont toujours quelque chose à dire lorsqu'on les interroge sur la culture : 99 % des personnes interrogées ont eu une réponse à donner lorsque les services du ministère les ont sollicité sur le terme de culture. La plupart des réponses sont dénuées de jugement de valeur, note-t-on, et sont plutôt tournées vers des genres artistiques, des lieux ou des définitions.

 

 

 

Comme le représente le nuage de mots ci-dessous, une acception héritée des Lumières domine dans les évocations : 41 % des réponses tendent vers le savoir et la connaissance. 37 % d'entre elles, ensuite, se tournent vers le livre : « désignant aussi bien la pratique (« la lecture », « lire »), l’objet (« les livres »), le domaine d’expression (« la littérature »), que les lieux (« bibliothèques »), ce registre est évoqué par plus d’un tiers des Français (37 %) et manifeste le rôle particulièrement prégnant du livre comme socle symbolique de la culture dans leurs représentations », analyse l'étude du ministère.

 

Suivent musique et danse, cinéma, les arts, puis l'anthropologie, « l'autre » comme l'ont défini les auteurs de l'étude : un ensemble où l'on retrouve aussi bien les pratiques vestimentaires, alimentaires, religieuses... Bien d'autres catégories suivent, selon le vocabulaire et les thèmes associés au mot culture.

 

Dans une citation sur huit, notent les auteurs, la culture est associée à... l'agriculture !

 

Lire des romans cultive plus que jouer aux jeux vidéo

 

Au-delà de l'acception du mot culture, les auteurs de l'étude se sont interrogés sur la perception socio-démographique de la culture, en somme les activités considérées comme de la culture ou non, selon l'âge et l'origine sociale. « [L]a relative faiblesse des écarts entre catégories d’âge, de revenus, de niveau de diplôme, de catégorie socioprofessionnelle ou de lieu d’habitation » a surpris les chercheurs : il y aurait, semble-t-il, un « consensus social sur le périmètre de la culture ».

 

La première activité considérée comme partie intégrante de la culture est la visite de musées ou de monuments, à 84 %, suivie par la science (77 %) et les voyages (73 %). « Lire des romans », cette fois, n'apparaît qu'en 6e position (57 %), à ex aequo avec « écouter de la musique classique », et derrière, notamment, « aller au théâtre » (62 %).

 

Avec un ebook, les garçons se sentent cools quand ils lisent 

 

 

Si l'on va du côté inverse, « les Français s’accordent sur l’absence de caractère culturel des émissions de téléréalité (83 %), des jeux vidéo (63 %), des parcs d’attractions (50 %) qui, pour une majorité d’entre eux, ne relèvent en aucun cas de la culture », note le rapport du ministère. Notons, à ce titre, que les bandes dessinées et les mangas pâtissent toujours d'une image difficile : pour 39 % des Français, leur appartenance à la culture « dépend des cas ».

 

Pour une part minime des répondants, l'appartenance de la lecture de romans à la sphère culturelle peut aussi « dépendre des cas ». Lorsqu'on leur demande de préciser leur réponse, ces personnes expliquent que le genre du roman (60 %) ou celui de la BD et du manga (51 %) comptent plus que leurs qualité (respectivement, 26 et 36 %) pour déterminer s'il fait partie de la culture ou non. Sans surprise, les 15-24 ans sont plus enclins à considérer BD et mangas comme éléments de la culture.

 

Le plus souvent, note l'étude, les Français interrogés affirment, dans le cas du livre, que « tout est culturel », sans considération pour le genre ou la qualité du livre. En somme, l'aspect culturel de la lecture est reconnu par une majorité de personnes interrogées. Ce qui est encore loin d'être le cas pour les jeux vidéo, par exemple.

 

Une certaine catégorie (9 % des répondants) se distingue par son aspect contestataire : elle rejette les activités choisies par les autres catégories, dont la lecture de romans ou le théâtre, pour affirmer que « la vraie culture se trouve ailleurs ».

 

Lire Proust rendrait socialement moins bête que de lire Dan Brown

 

 

« Leur mise à l’écart peut s’expliquer par le rejet d’une culture perçue comme appartenant à un autre groupe social que le sien, ou encore par la critique volontaire d’un ordre considéré comme dominant. Dans ce groupe, les réponses à la question ouverte évoquant l’agriculture sont deux fois plus nombreuses qu’en moyenne (32 % contre 15 % en moyenne pour l’ensemble de la population) », notent les auteurs de l'étude.