Quand Isaac Asimov accusait les Américains de vouer un culte à l'ignorance

Julien Helmlinger - 13.10.2016

Edition - Société - Isaac Asimov - Etats-Unis histoire - Science-fiction


Le très prolifique auteur de science-fiction Isaac Asimov, incontournable pour les amateurs du genre mais également scientifique reconnu par des gens sérieux, publia le 21 janvier 1980 un essai intitulé A Cult of Ignorance, dans les pages de Newsweek. Il y partage une vision pessimiste de la place du savoir parmi les valeurs de l'Oncle Sam, une réflexion toujours d'actualité, alors que de nouvelles élections présidentielles s'annoncent à coups de tweets.

 

 

Avec ce pamphlet Isaac Asimov suggèrait qu'il y aurait « un culte de l'ignorance aux Etats-Unis », ajoutant même qu'il en a toujours été ainsi. Il estimait que la société américaine n'est pas avide de connaissances en mathématiques, en sciences ou en langues étrangères.

 

« La tendance à l'anti-intellectualisme a été un fil directeur constant lézardant son chemin jusqu'en notre vie politique et culturelle, nourrie par la fausse idée que la démocratie signifie que "mon ignorance est tout aussi bonne que ton savoir" » écrivit-il.

 

Invoquant des exemples croustillants l'auteur du cycle de Fondation diagnostiquait à l'Amérique comme une forme de virus stimulé par certains effets de « routine », voire de démagogie. Il évoquait ainsi des hommes politiques qui en viennent à parler la langue de Shakespeare « le plus grammaticalement incorrect possible, dans l'optique d'éviter d'offenser leurs auditoires en ayant l'air d'avoir été à l'école », pointait des slogans invitant à se méfier des experts, ou encore la propagation de l'adjectif « élitiste ».

 

Pour Asimov, sur plus de 200 millions d'Etats-uniens d'alors, passés au cours de leur vie par une salle de classe et déclarant savoir lire, seul 1% de la population devait réellement exercer son « droit de savoir ». 

 

« Je soutiens que le slogan “America’s right to know” en est un dénué de sens alors que nous avons une population ignorante, et que le rôle d'une presse libre est pratiquement nul quand presque personne ne peut lire. [...] Je crois que chaque être humain doté d'un cerveau normalement constitué peut apprendre et devenir surprenamment intellectuel. Je crois que ce dont nous avons terriblement besoin est l'approbation sociale pour apprendre ainsi qu'une rétribution sociale pour avoir appris » concluait Asimov.

 

Les lecteurs anglophones peuvent retrouver le texte d'Asimov publié intégralement en ligne.

 

 

(via Aphelis, OpenCulture)