Quand Isaac Asimov théorisait la créativité pour la Défense nationale

Julien Helmlinger - 24.10.2014

Edition - International - Isaac Asimov - Auteur - science-fiction - Brainstorming - créativité


Un auteur de science-fiction mis au brainstorming, afin de donner des idées à l'Agence pour les projets de recherche avancée de défense, la Darpa. Au cours de l'année 1959, l'illustre écrivain Isaac Asimov, ainsi que son ami scientifique Arthur Obermayer qui l'y avait convié contribuaient à une réflexion sur un éventuel bouclier antimissile destiné à protéger le territoire des États-Unis. Or voilà que plus récemment, le second cité a finalement remis la main sur un texte encore inédit que l'écrivain avait alors composé sur le thème de la créativité.

 

 

 

 

En la matière de créativité, l'écrivain, prolifique dans les registres littéraires de la science-fiction et de l'anticipation, compte sans doute parmi les maîtres crédibles. Et pour Obermayer, son analyse n'aurait rien perdu de son actualité depuis sa rédaction il y a plus de 50 ans. Au fil de son texte, il s'intéresse non seulement aux procédés de création, à la spécificité des profils créatifs, mais également à l'importance d'un environnement de travail favorable à l'inventivité.

 

Avec des références aux œuvres de Charles Darwin, Alfred Wallace ou encore Thomas Malthus, qui ont tous traité à leur façon des origines des idées, Isaac Asimov en aura conclu que deux catégories de penseurs étaient nécessaires à la créativité. Il pointe ainsi non seulement les spécialistes de certains champs de connaissances, mais suggère que ceux-ci gagneraient à être associés à des esprits plus « originaux », capables quant à eux de déceler les connexions improbables entre les faits.

 

Parmi les autres conseils de l'écrivain, on retrouve ainsi une atmosphère de travail propice à la quiétude et la permissivité, pour laisser émerger les réflexions stupides de prime abord. Car pour lui, le monde est généralement peu favorable à la créativité et ce qui peut parfois sembler idiot au plus grand nombre ne l'est pas toujours. Ainsi, certaines figures d'autorité dans le monde de la pensée pourraient devenir néfastes à l'émergence de nouvelles idées. Ces intellects pourraient ainsi se révéler trop sérieux, avec leurs imaginations noyées dans la norme, en somme.

 

Il estime qu'il ne faut pas bannir les blagues de la réflexion, car elles contribuent à créer un certain enthousiasme qui pourrait indirectement porter ses fruits, au contraire d'un trop-plein de responsabilités qu'il déconseille. Asimov ajoute également qu'un brainstorming doit se faire idéalement avec 5 personnes, pas plus, pour éviter un trop grand temps d'attentes avant que chacun ne puisse s'exprimer. Toutefois, le théoricien préconise quand même un certain arbitrage des débats, un minimum de repères.

 

L'essai dont il est question a été intégralement publié en anglais par le MIT Technology Review, à cette adresse, assorti des notes complémentaires d'Arthur Obermayer.

 

Il est notamment précisé que si Isaac Asimov s'est volontiers laissé prendre au jeu du brainstorming, et contribué à quelques réunions de réflexions militaires, l'auteur aura néanmoins pris soin de limiter son implication au projet, de peur de perdre sa liberté d'expression sur d'éventuels sujets top-secret.