"Quand j'écris, j'entre dans un corps double" (Marie Darieussecq)

Ania Vercasson - 23.02.2015

Edition - International - Marie Darieussecq - salon livre - Minsk Biélorussie


Lors du XXIIe Salon du Livre International de Minsk (Belarus) qui se terminait il y a quelques jours, nous avons pu rencontrer l'écrivaine Marie Darrieussecq. Originaire de Bayonne, auteure et psychanalyste, elle comptait parmi les invités français du Salon. Lauréate du prix Médicis en 2013, pour Il faut beaucoup aimer les hommes, elle est également l'une des marraines de l'association Bibliothèques sans Frontières. (de notre envoyée à Minsk, Ania Vercasson) 

 

 

Marie Darrieussecq

Marie Darieussecq - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

                                

Qu'est-ce que ça te fait de venir ici, à Minsk ?

C'est la troisième année que je suis invitée et c'est seulement la première fois que je viens. Je vais sur des petits salons du livre un peu partout sur la planète, j'adore ça. C'est beaucoup plus facile de m'inviter à Minsk qu'à Poitiers ou à Lyon par exemple... J'adore voyager loin dans des pays que je ne connais pas.

J'ai été récemment au Salon du Livre au Mozambique… Je vais dans des salons du livre assez improbables et j'aime énormément ça. Connaître les pays, les libraires quand il y en a, des écrivains…

 

Et as-tu rencontré des écrivains biélorusses ?

Le public oui : les étudiants et des libraires lors de mon intervention à la Médiathèque française. À vrai dire, des écrivains biélorusses, non. C'est un peu chaotique avec l'arrivée de Hollande. Je crois que le programme a été un peu changé.

 

Il y a des pays où j'ai beaucoup plus de temps, par exemple au Mozambique j'ai vraiment rencontré un auteur que j'adore là-bas. Il s'appelle Mia Couto : un immense auteur qui est traduit en France. On a eu le temps de discuter ensemble, mais finalement ce n'est pas si fréquent que ça d'avoir le temps de rencontrer d'autres écrivains.

 

Quand tu vas dans un pays, on te découvre ou on te connaît déjà ?

C'est complètement variable. Il y a des pays comme au Japon, où j'étais récemment où j'ai déjà un public parce que je suis traduite, j'ai ma traductrice, et il y a des universitaires qui s'occupent de mes livres. Ici, personne ne me connaît. C'est très très variable. Grâce au réseau des Instituts français, il peut arriver qu'un ouvrage obtienne une traduction : par exemple au Mozambique. Il y a des choses qui passent comme ça.

 

En tant qu'écrivain, qu'est-ce que ça fait de s'adresser à un public qui ne te connaît pas ?

C'est étrange. Ça marche très bien avec les étudiants parce qu'ils sont toujours contents de voir un écrivain vivant. Ils ont toujours des questions à poser, très pratiques, sur l'écriture.

 

Marie Darrieussecq

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Tu as dit : « Mes mots, c'est comme ma chair ».

J'ai un peu simplifié pour la traduction, mais c'est souvent l'image de ma colonne vertébrale : c'est vraiment ce qui me tient debout, je sens une ossature en moi. Il y a quelque chose de très physique à écrire et de très rythmique. C'est vraiment une sorte de rythme qui coule dans mes veines – c'est un peu lyrique comme image..., mais qui coule comme une respiration. C'est très instinctif et ça se travaille énormément. C'est un énorme entraînement. L'écriture se pratique tous les jours dans mon cas, c'est comme le chant.

 

Et quand j'écris, j'oublie mon corps réel et j'entre dans une espèce d'entre-corps, de corps double, mais que je travaille. C'est aussi quelque chose de très proche de la méditation.

 

Comment écris-tu ?

J'ai trois enfants et je m'adapte à leur rythme alors j'ai laissé tomber l'idée de travailler à heure fixe. Maintenant qu'ils grandissent, je me remets à travailler le matin à heure régulière. Mais j'ai eu trois bébés à m'occuper et j'écrivais quand je pouvais : ça pouvait être une heure par ci, une heure par là. J'ai appris aussi à me concentrer très rapidement, ça aussi, c'est une sorte d'entraînement. Il m'est arrivé d'avoir un quart d'heure pour écrire et d'écrire une phrase, ne serait-ce que phrase. Tu te sens tellement bien après. Cette capacité de concentration est très proche de la méditation.

 

J'ai beaucoup travaillé avec des rituels, il y a vingt ans où j'étais plus angoissée par l'écriture. Il me fallait ça : toujours le même stylo à l'époque, les cahiers que j'achetais religieusement… Maintenant je m'en fous complètement, il m'arrive d'écrire sur mon iPhone… Ça n'a aucune importance les rituels, je pense même que c'est parasite. J'entre dans mon moment d'écriture avec mon corps… Je n'ai pas (plus) besoin d'un rite particulier.