Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Quand Jean-Marie Sevestre veut “noyer Sauramps Odyssée”, il l'accuse de la rage

Nicolas Gary - 27.06.2017

Edition - Librairies - Sevestre Sauramps librairies - redressement judiciaire Sauramps - Montpellier Sevestre Odysseum


Le marasme n’en finira donc jamais. Le repreneur de Sauramps sera connu ce 28 juin, par la décision du tribunal de commerce, après la mise en redressement judiciaire. Alors que le sort de dizaines d’employés est en jeu, le futur ex-PDG des librairies Sauramps, Jean-Marie Sevestre, porte un coup de grâce... à son entreprise.


Librairie Sauramps
Librairie Odysseum - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Sur les trois propositions présentées au tribunal, seules deux resteront, comme nous l’expliquions dans un précédent article. D’un côté, Amétis, spécialisée dans le logement locatif, de l’autre, l’enseigne Furet du Nord. Autrement dit, une offre qui limite la casse sociale, sans aucune expérience de gestion de librairie face à une autre douloureuse en matière d’emplois, mais pilotée par un groupe reconnu...

 

Or, dans un reportage de France 3 Languedoc-Roussillon, Jean-Marie Sevestre n’a pas pu s’en empêcher. « L’erreur peut-être, mais je n’emploierais pas ce terme-là, c’est d’avoir fait Odysseum, mais on y est allé sans argent à Odysseum, avec la volonté de faire quelque chose de nouveau. On l’a réussi d’un point de vue commercial, sauf que voilà, le loyer est trop cher, et ça a plombé le groupe. »

 

Entre décembre et juin, avec la cession qui se rapproche, le futur ex-PDG a manifestement changé d’avis. En décembre dernier, il envisageait encore de réduire la superficie d’Odysseum d’un tiers, mais soulignait « que la volonté de diversification commerciale de cette nouvelle librairie lancée dans le centre commercial Odysseum n’était pas une erreur ». Tout en insistant sur le fait qu’entre celle-ci et l’historique Triangle, située en centre-ville, place de la Comédie, existait une véritable complémentarité. (via BSC)

 

La question du loyer d’Odysseum a toujours été centrale, et dans un autre entretien, Jean-Marie Sevestre expliquait avoir eu de nombreux problèmes d’interlocuteurs avec Klépierre – qui possède le centre commercial. 

 

« Dès la deuxième année, nous avons négocié le loyer. On a obtenu des baisses de loyer avec des contreparties pour le futur. Les charges n’ont pas été du tout à la hauteur de ce qui nous avait été indiqué à la base. Mais les gens qui nous ont vendu ça ont disparu le jour où le centre a ouvert. Klépierre est là depuis 2012-2013, mais la personne chargée de la commercialisation du centre a démissionné il y a 3 jours. Donc tous les efforts que l’on fait depuis deux ans, toutes les discussions repartent à zéro. Les charges cette année sur Odysseum, c’est plus 70 000 € par rapport à ce que l’on payait l’année précédente. » (via Metropolitain)

 

Évidemment, le bail commercial d’Odysseum est connu – Pierre Coursières du Furet l’avait amplement expliqué auprès de ActuaLitté. « Odyssée est un bel établissement, avec 7,56 millions de chiffre d’affaires, mais des charges qui sont trop importantes, pour les 3 000 m2 de surface totale. Comme il est impossible de toucher au loyer, on se retrouve sur les mêmes problématiques que celle de Virgin en son temps, avec des taux d’effort (le ratio de charges liées au bail et la location/chiffre d’affaires) insoutenables qui les a menés à la faillite. »

 

« Jean-Marie Sevestre dit cela pour masquer le fait qu’il a mal géré le groupe, tout bonnement. Il veut faire croire que l’ouverture d’Odysseum additionnée à un marché devenu difficile est la cause de cette situation », relève-t-on. « Il est vrai que la question du loyer est problématique, mais c’est un fait depuis l’ouverture d’Odyssée – et puis, qui a validé ce bail ? Mais Odyssée n’est pas responsable de la chute libre du Triangle ! Or, l’érosion de CA du Triangle est catastrophique. »

 

Dans un précédent article, ActuaLitté avait en effet montré que bien avant l’inauguration en 2009 d’Odyssée, la situation de Triangle était tendue. La librairie perdait de l’argent depuis mai 2004, et un an avant l’ouverture, c’était la chute libre. 

 

« Le véritable problème de Sauramps, ce sont 10 années d’une étrange gestion », note un professionnel. « Et quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage. Ici, c’est le gérant de l’entreprise qui dédouane — celui-là même qui, en bon gestionnaire, doit opérer les choix stratégiques et s’assurer que la librairie est bien organisée. »

 

L’erreur reste humaine. Dix années pour démontrer son humanité, après tout, c’est bien peu...

Sollicité, Jean-Marie Sevestre affirme n'accepter de nous répondre « qu'après la décision du tribunal ».