Quand Jeff Bezos se prend pour la Mère Teresa des auteurs

Nicolas Gary - 23.07.2014

Edition - International - Jeff Bezos Hachette - Hachette ebooks - négociations auteurs


Offrir l'intégralité des ventes de livres numériques aux auteurs impactés par le conflit Amazon/Hachette USA était la dernière offre en date du cybermarchand. Évidemment, cela lui coûtait un peu moins cher que ce que l'éditeur n'aurait dû verser. Raison pour laquelle ce dernier avait décliné, tout juste poliment. Et les deux sociétés étaient reparties dans leur bras de fer.

 

 

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Leshaines, CC BY 2.0

 

 

Le détaillant en ligne met la pression sur l'éditeur depuis quelques mois maintenant, pour obtenir des accords plus intéressants sur la vente de livres numériques - manifestement. Les négociations sont âpres, et totalement obscures. Seuls quelques détails filtrent, de temps à autre, et manifestement, Amazon a fait une nouvelle proposition, particulièrement altruiste.

 

Douglas Preston, qui mène la fronde du côté des auteurs décidés à soutenir Hachette Book Group, a été contacté par le vice-président Kindle, Russ Grandinetti. Et il semble bien que Jeff Bezos soit prêt à faire la charité. En effet, la firme a proposé de stocker tous les titres HBG, et de verser aux auteurs les redevances qui leur sont dues sur les ventes d'ebooks. 

 

Mieux : Grandinetti explique que si les négociations se poursuivent, tous les profits gagnés par Amazon et Hachette sur les ventes numériques seraient engrangés et reversés à une association caritative oeuvrant à l'alphabétisation. Douglas Preston n'est pas vraiment convaincu : cette nouvelle proposition aura un effet paralysant pour HBG, qui doit rendre des comptes à la société mère, le groupe Lagardère. « S'il [l'éditeur] ne faisait pas d'argent pour Lagardère, il fermerait », assure le romancier.

 

Grandinetti assure que cette solution serait un moyen pour encourager Hachette à négocier, promettant qu'ils ont tenté de parler avec l'éditeur « durant des mois ». Un autre porte-parole assure : « Observez la société mère, le groupe Lagardère, plutôt que la filiale Hachette. Les livres Kindle représentent seulement 1 % des ventes du groupe. Ils peuvent le supporter financièrement, mais devraient arrêter de se servir des auteurs comme boucliers humains. »

 

Pour Preston, qui emporte avec lui des auteurs comme Stephen King, John Grisham, David Baldacci ou encore James Patterson. Il assure que Bezos ne parviendra pas à opposer Hachette à ses créateurs. « D'abord, je travaille avec Hachette depuis 25 ans. J'ai un contrat de six livres avec Hachette. La seule chose avec Amazon, c'est qu'ils pensent que ce n'est qu'une question d'argent. » 

 

Pour Grandinetti, le problème est douloureux : à chaque fois que les écrivains réunis derrière Preston font une déclaration, « cela rend Hachette moins disposé à faire des compromis ». (via Publishers Weekly)

 

Rappelons, à toutes fins utiles, qu'Amazon réalisait 75 milliards $ de chiffre d'affaires sur 2013 et Hachette, au niveau mondial, 7,5 milliards $. Il serait intéressant de voir combien représentent les livres numériques dans l'ensemble du CA de la firme américaine.