Quand l'instinct poétique d'Edgar Poe imagina le Big Bang

Julien Helmlinger - 30.01.2015

Edition - International - Edgar Allan Poe - Eurêka - Sciences - Big Bang


L'on a coutume d'attribuer l'exclamation « Eurêka! » à Archimède, qui l'aurait prononcée au moment de comprendre le principe de « poussée » qui porte désormais le nom du penseur de la Grèce antique. Il s'agit également du titre de l'une des dernières oeuvres ambitieuses d'Edgar Allan Poe, un long poème en prose publié en 1848. Moqué en son temps, le texte sous-titré Essai sur l'univers matériel et spirituel n'est pas sans rappeler un modèle cosmologique qui ne serait validé par la science qu'un siècle plus tard environ, celui du Big Bang.

 

Big Andromeda galaxy (M31)

Galaxie d'Andromede - CC by 2.0 par Glanny

 

 

Quand le poème a été publié, Edgar Poe vivait la dernière année de son existence. L'auteur avait non seulement un train de vie controversé, mais il n'était pas plus en phase avec ses contemporains d'un point de vue spirituel. La publication, décrivant l'univers comme né d'une molécule originelle unique, allait faire l'objet de moqueries de la part des critiques et de la communauté scientifique du XIXe siècle.

 

Chez Poe, les atomes de cette molécule originelle se désintègrent d'abord en une phase d'expansion, se diffusant et irradiant l'univers d'étoiles jusqu'à le remplir jusqu'à ses limites. Intervient alors une force de gravitation qui recompose ces divers atomes sous de nouvelles formes, force à laquelle s'oppose une répulsion électrique évitant momentanément la fusion, cette résistance donnant lieu à la diversité des multiples recompositions.

 

On se retrouve avec un processus de création d'univers physique qui anticipe des théories à venir bien plus tard, comme l'idée de Big Bang apparue dans les années 1920. Même si l'on est encore loin des conclusions qu'on pu tirer Einstein et autres adeptes des théories de la physique quantique actuelle. 

 

Retrouver Eurêka en son intégralité sur Wikisource, traduit en français par Baudelaire. Poe dédiait ce texte controversé à ses amis les « rêveurs », « à ceux qui sentent plutôt qu'à ceux qui pensent », invitant à le lire davantage pour sa valeur poétique que pour sa justesse scientifique. Comme quoi l'instinct poétique sait parfois se faire plus pertinent que les certitudes des experts de son temps.