Quand la bibliothécaire remet le président d'université à sa place

Camille Cornu - 17.12.2015

Edition - Bibliothèques - Bibliothécaire président d'université - Lisa Gardinier Bruce Harreld - université Iowa


Le président de l’université d’Iowa devra surveiller son langage. Après qu’il a déclaré que les professeurs n’ayant pas préparé leurs cours mériteraient se faire tirer dessus, la bibliothécaire de l’université a jugé utile de lui rappeler que sa position l’obligeait à une certaine tenue... Alors qu’aux États-Unis les fusillades deviennent une « triste routine », la bibliothécaire s’est attiré les soutiens de la communauté universitaire. 

 

Bruce Harreld, Capture d'écran sur uiowa.edu

 

 

« Les cours doivent avoir été préparés, et tout professeur qui va en classe sans l’avoir fait devrait se faire tirer dessus. » Ce sont les mots de Bruce Harreld, président de l’université d’Iowa. Pendant une réunion du personnel, un professeur l’a interrogé au sujet de méthodes éducatives.

 

Sa réponse n’a pas manqué de choquer la bibliothécaire, qui a réagi par mail le soir même : « Pour un président d’université, il est horrible et inacceptable d’utiliser le terme “se faire tirer dessus” si négligemment, et seulement une semaine après la récente fusillade de masse dans une atmosphère tendue de violence dans l’application de lois racistes. Pour quelqu’un qui déclare en avoir une vision en décalage avec la communauté universitaire, suggérer la possibilité d’une peine de mort pour ceux qui échouent à calquer une vision étroite de ce que serait la bonne façon de faire notre métier est irresponsable et non-professionnel. »

 

Deux heures plus tard, elle se voyait répondre : « Merci pour votre retour. Je ne serai probablement pas en mesure de remplir vos attentes, mais j’essaierai. » 

 

Sans se laisser déstabiliser, elle se résolvait alors à mieux expliquer son métier au président : « Si vous ne voyez pas où est le problème, ou ne le reconnaissez même pas, je ne suis pas convaincue que vous essaierez. En tant que qu’autorité publique, on ne peut pas plaisanter au sujet de la violence. » 

 

L'intéressé lui a alors présenté des sortes d’excuses : « Franchement, j’ai utilisé cette formule à de très nombreuses reprises, et c’est c’est la première fois, que quelqu’un y trouve à redire. Je m’excuse et j’apprécie que vous attiriez mon attention sur le sujet. »

 

La bibliothécaire a expliqué au Inside Higher Ed ne pas regretter son geste, qu’elle trouve nécessaire : « Ce n’est pas parce que personne ne lui a fait remarquer plus tôt que personne n’a jamais été dérangé par l’utilisation de cette phrase. » 

 

En effet, son geste lui a amené des soutiens de la part de l’association des anciens étudiants, qui estiment que le président Harreld devrait renoncer à l’usage de cette expression. L’union des assistants en recherche et en enseignement a également critiqué Bruce Harreld en pointant son « insensible dédain de la communauté universitaire ».