Quand le FBI faisait la guerre aux libraires afro-américains

Antoine Oury - 23.02.2018

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À la fin des années 1960, le FBI se lance dans une surveillance de masse d'une catégorie de la population des États-Unis : les Afro-Américains. La lutte pour les droits civiques bat son plein, et l'agence gouvernementale voit d'un mauvais œil la multiplication des initiatives pour éveiller les consciences. À travers les formations politiques, bien sûr, mais aussi... les librairies.


FBI
(J, CC BY 2.0)
 
 

Dès le début de l'année 1968, le directeur du FBI, J. Edgar Hoover, invitait ses troupes à concentrer leur lutte contre l'émergence d'un « messie noir » comme il l'avait surnommé, qui serait en mesure de soulever les populations afro-américaines aux États-Unis. Comme on le sait, les opérations se concentreront sur les Black Panthers, Malcolm X ou encore Martin Luther King.

 

En septembre de la même année, Hoover insiste : dans un mémo, il signale « une hausse des ouvertures de librairies extrémistes noires qui représentent des lieux de propagande pour des publications révolutionnaires et haineuses, ainsi que des centres culturels pour les extrémistes ». Il invite les bureaux locaux du FBI à mener des enquêtes et à fournir des rapports très précis.

 

Le directeur du FBI enjoint ainsi les agents à réunir identité et sensibilité politique des propriétaires, évidemment, mais aussi la clientèle de ces boutiques ainsi que leur stock de livres. De la lecture attendait les membres du FBI, puisque le bureau souhaitait aussi connaître la teneur des livres en stock. Bien sûr, toute librairie qui organisait des événements devait être particulièrement surveillée...

 

Joshua Clark Davis, qui a signé le livre From Head Shops to Whole Foods : The Rise and Fall of Activist Entrepreneurs, a mené des recherches sur les actions du FBI pour surveiller ces librairies. Lewis Michaux et Una Mulza, à New York, Paul Coates — le père de Ta Nehisi-Coates — à Baltimore, Dawud Hakim et Bill Crawford à Philadelphie ou encore Alfred et Bernice Ligon à Los Angeles furent ainsi placés sous un contrôle strict.

 

La librairie The Drum and Spear Bookstore, à Washington, fut particulièrement surveillée, car située à quelques kilomètres seulement du siège du FBI, mais aussi après plusieurs visites de Stokely Carmichael, chef des Black Panthers. Entre 1968 et 1974, le FBI accumula plus de 500 pages de rapports sur cette librairie...

 

Les rapports des agents, qui écoutaient les conversations téléphoniques des libraires, sont surtout truffés d'hypothèses : à propos de Lewis Michaux, à New York, un agent assure qu'il est responsable de « 75 % du matériel antiblanc distribué » à Harlem, tandis qu'un autre souligne que le même libraire « n'est plus actif dans le mouvement nationaliste Noir en raison de son âge ».

 

L'université Harvard acquiert les archives
d'Angela Davis, militante sociale

 

Évidemment, la surveillance des libraires afro-américains, non seulement irrespectueuse des libertés fondamentales, s'avéra aussi une perte de temps et d'argent. Les librairies tenues par des Afro-Américains proposaient à la vente des ouvrages de militants ou de responsables politiques, mais étaient surtout « des commerces indépendants dont les clients afro-américains voulaient des ouvrages écrits par des Afro-Américains, qui abordaient la question afro-américaine », explique Joshua Clark Davis dans The Atlantic. On y retrouvait ainsi Iceberg Slim, Lorraine Hansberry ou James Baldwin.

 

La surveillance des librairies afro-américaines déclina suite à la mort de Hoover, mais aussi en raison de la baisse du nombre de librairies indépendantes...




Commentaires

Merci pour ce excellent éclairage qui ne fait que confirmer ce que je lis dans l'article d'Auguste Dupin

http://www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/politique/le-fbi-un-ennemi-qui-vous-veut-du.html

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