Quand les clubs de lecture concurrencent les réseaux sociaux

La rédaction - 19.01.2016

Edition - Société - réseaux sociaux - clubs lecture


Vous pensiez rencontrer vos amis sur Facebook, écrire vos maximes de 140 caractères sur Twitter, vivre des aventures sans lendemain sur Tinder, gérer votre carrière sur LinkedIn et trouver le grand amour sur Meetic ? Et si ce cloisonnement entre les réseaux sociaux était factice et un peu has-been ? Vous, lecteurs assidus d’ActuaLitté et amoureux des livres, vous pourriez faire d’une pierre dix-huit coups et conjuguer votre passion pour la littérature avec les fonctionnalités proposées par les réseaux sociaux. 

par Mathilde de Chalonge

 

 

Incitation à la lecture

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Je m’explique : aujourd’hui les principaux sites dédiés aux livres ne sont plus de simples « clubs de lecture », forum où chacun posterait des critiques littéraires, bourrées de fautes d’orthographe, au sein d’un joyeux bazar de topics.

Les clubs de lecture digitaux se sont mis au goût du jour, à la mode de Facebook and Co. Un grand dépoussiérage a été organisé de la part des modérateurs des forums et de nombreux sites ont éclos ces dernières années, poussés par l’expansion des réseaux sociaux. 

 

Mais d’abord, quels sont ces sites dédiés au livre et à quoi ressemblent-ils ?

 

En premier lieu, il faut souligner qu’ils sont nombreux et variés. Le livre a le vent en poupe ! Parler de ses lectures et de ses coups de cœur est un hobby que partagent de nombreux Français. Les plateformes les plus actives comptent 800 000 critiques, plusieurs dizaines de milliers de « likes » sur Facebook et autant de membres hyperactifs. De manière globale ces sites sont constitués d’une communauté de lecteurs qui émettent des critiques, de façon plus ou moins occasionnelle, sur les derniers livres qu’ils ont lus. Les liens d’achats et de redirection vers des sites de e-commerce commencent à se systématiser (Amazon, Prince Minister, Fnac…). Toutefois, ces communautés revendiquent l’indépendance de leur critique vis-à-vis des revendeurs qui les commissionnent pour chaque livre vendu via leur site. 

 

« La personne avant le livre », pourrait être leur slogan. Le principe est de rencontrer des utilisateurs aux goûts similaires aux nôtres de façon à ce qu’ils nous fassent découvrir nos prochains livres de chevet.  

 

Babelio, Livraddict, Critiques Libres, Critique Livre ou encore Booknode sont les précurseurs du genre. Créés dans les années 2000, avant que Facebook et les réseaux sociaux ne deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui, ils ont connu une évolution certaine depuis leur lancement pour devenir des sites plus personnalisés, plus bavards, plus « sociaux ». Chacune de ces plateformes a développé des outils pour transformer un simple forum en une communauté de lecteurs.

 

Prenons l’exemple de Livraddict. Son forum originel n’est plus qu’un pan du site parmi d’autres. L’accent est mis sur la constitution d’une bibliothèque digitale personnalisée. Le profil du « mordu de livres », comme le décrit Livraddict, est tout aussi important que les livres chroniqués. Il peut télécharger une photo de lui, communiquer son âge, son adresse… On peut suivre les personnes inscrites sur le site, et même devenir ami avec elles : Twitter et Facebook réunis !

 

Livraddict et ses concurrents essayent de mettre les lecteurs en lien les uns avec les autres. Ils partent du principe qu’on lira plus volontiers un roman conseillé par un ami virtuel que par un inscrit lambda. C’est sur ce constat que se sont créés de nombreux sites à mi-chemin entre clubs de lecture et réseaux sociaux après l’explosion de Facebook (soit à la fin des années 2000). Les nouveaux clubs de lecture sont des « superbombes » à amis.

 

Avec Book Weather, lancé il y a quelque mois, on parle même exclusivement « d’amitiés littéraires ». « La personne avant le livre », pourrait être leur slogan. Le principe est de rencontrer des utilisateurs aux goûts similaires aux nôtres de façon à ce qu’ils nous fassent découvrir nos prochains livres de chevet.  

 

Projet 12. Février. Amour

Chez Pitch, CC BY 2.0

 

 

Et si on pouvait même rencontrer l’amour grâce aux livres ? Le Nouvel Obs. a qualifié la très récente application Boox Up de Tinder du livre ! En effet, ce projet fondé sur l’économie du partage propose aux « booxistes » de se rencontrer pour donner et échanger leurs livres. Alors, pourquoi s’embêter à s’inscrire sur un site de rencontre quand on peut faire passer un message clair avec le troc d’une Belle du Seigneur, d’un Tristan et Yseut ou d’un Fifty Shades of Grey (il en faut pour tous les goûts !).

 

Parfois la ressemblance entre les réseaux sociaux et les clubs de lecture va plus loin que la simple reprise de fonctionnalité. Blablalivre, en plus de proposer les mêmes services sociaux que ses concurrents a repris trait pour trait le principe de Twitter : les critiques émises sur le site ne doivent pas dépasser 140 caractères.

 

Ainsi, on constate une exportation des fonctionnalités proposées par les réseaux sociaux traditionnels doublés d’un décloisonnement des lignes de service. Au lieu d’avoir une application pour discuter, une pour rencontrer ses amis, une pour ses amours, une application pour réagir à chaud et une pour parler livres, l’heure est au regroupement et à la fusion. 

 

Cette tendance est, à mon sens, ce qui a sauvé les clubs de lecture des années 2000 de la grande décharge du net. Nombreux sont les forums qui n’ont pas su évoluer et qui, désormais, sont des sites fantômes aux membres virtuels morts et enterrés. 

 

Cette « socialisation » des clubs de lecture est une étape de plus dans la transformation digitale du livre. De livre papier au livre numérique, de la bibliothèque de quartier à la bibliothèque virtuelle, du forum au réseau social, qui a dit que le monde du livre et de l’édition était un monde statique ? 

 

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