Quand les diffuseurs-distributeurs numériques calquent les libraires indépendants

Sophie Kloetzli - 29.06.2016

Edition - Les maisons - e-diffusion e-distribution - diffusion distribution numérique - ePagine diffusion distribution


Site de vente, e-diffuseur et e-distributeur, ePagine est né de la volonté d’intégrer les libraires au marché du livre numérique. Le directeur de la société, Stéphane Michalon, décrit la diffusion et la distribution à l’heure du numérique ainsi que le positionnement d’un site de revente face aux géants que sont Apple, Amazon et Kobo.

 

Tite-Live, ePagine - Salon du Livre de Paris 2015

ePagine au Salon du Livre à Paris en 2015 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Créé en 2008 par Tite-Live (une société spécialisée dans le développement d’outils d’information (logiciels de gestion de stock, bases de données etc.), ePagine a pour vocation de « mettre les libraires en capacité de vendre des livres numériques ». Stéphane Michalon tenait alors la librairie L’Arbre à Lettres située rue Mouffetard. Le déclic a eu lieu avec le succès de L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery (publié en 2006 aux éditions Gallimard) : l’ouvrage se vendait bien au format numérique, alors que sa librairie se cantonnait encore au format papier... D’où l’idée développer une société qui fasse des prestations informatiques pour les libraires. 

 

Entre site de vente, e-diffusion et e-distribution

 

La vocation première d’ePagine est avant tout de vendre des livres au format numérique. « La plupart des autres e-diffuseurs et e-diffuseurs n’ont pas forcément des sites de vente alors que ePagine est avant tout un site de vente », indique Stéphane Michalon. Cet espace est destiné en priorité aux particuliers, qui peuvent y effectuer directement leur achat. ePagine dispose d’une trentaine de sites, dont Place des Libraires et Chez mon libraire, qui, eux, vendent à la fois au format papier et au format numérique.

 

Ce n’est qu’après qu’interviennent ses fonctions d’e-diffuseur et d’e-distributeur. Ces dernières dépendent des éditeurs avec lesquels travaille ePagine. Par exemple, un livre publié par Gallimard est diffusé par la maison d’édition elle-même et distribué par Eden Livres. Dans ce cas précis, ePagine n’intervient qu’en bout de la chaîne du livre, et ne s’occupe que de la vente au format numérique. 

 

En revanche, ePagine prend en charge la diffusion et la distribution des livres au format numérique publiés par Albin Michel. L’e-diffuseur et e-distributeur signe un contrat avec le libraire, et possède le fichier numérique destiné au client. Moins il y a d’intermédiaires, mieux c’est : ces derniers compliquent et retardent le processus. Par exemple, si le lien de téléchargement n’a pas été reçu par le client, alors il faut s’adresser au distributeur. « On est de plus en plus amené à exercer la fonction de e-distribution, et on le souhaite », résume Stéphane Michalon.

 

Finalement, c’est 25% du prix du livre qui revient au diffuseur-distributeur et au libraire, qui se le partagent à peu près équitablement suivant les cas.  

 

Ce que le numérique a changé

 

Le numérique a accéléré le processus de vente. « Quand vous achetez un livre papier sur le site d’un libraire indépendant, il y a forcément en amont le libraire qui a commandé le livre papier chez le distributeur, un camion qui a amené le livre papier à la librairie, et le livre qui a été réexpédié au client final », explique le directeur d’ePagine. « Quand on est e-distributeur, on envoie directement le fichier numérique au client final. » 

 

Cependant, « la tâche du diffuseur n’a pas changé avec le numérique »... tant qu’il y a beaucoup de points de vente. En effet, s’il y a des diffuseurs, c’est parce qu’il y a un vaste réseau de points de vente. Or un éditeur n’a pas le temps de faire sa promo auprès de tous les libraires de France : il confie cette tâche au diffuseur. « Le métier de diffuseur changerait si on avait une forte concentration de revendeurs », avertit Stéphane Michalon, « car il n’y aurait tout simplement plus besoin de diffuseurs, et les éditeurs seraient dépendants de ces revendeurs. » Pour l’heure, le réseau ePagine n’a pas lieu de s’inquiéter si l’on songe que sur un seul site comme Place des Libraires, on compte plus de 500 revendeurs.

 

Les chiffres penchent pourtant en faveur de cette concentration. Il y a une « très forte concentration des ventes » par les plus grandes plateformes de revente que sont Apple, Amazon et Kobo. Alors comment s’imposer face à ces géants ? Tout d’abord, « convaincre les diffuseurs de nous donner les mêmes armes qu’Apple, Amazon et Kobo, l’arme principale étant d’avoir un circuit de distribution très fluide. » Lorsqu’un client achète un livre Gallimard sur Place des Libraires, une commande est envoyée au distributeur de Gallimard, qui fournit un lien de téléchargement à ePagine, et qui l’envoie à son tour au client final. Alors qu’Amazon fournit le même livre directement... 

 

Ensuite, parvenir à faire monter les ventes pour gagner en crédibilité face aux autres revendeurs. ePagine s’étend peu à peu à l’étranger, notamment en Belgique où il réalise des prestations pour un groupement de libraires (via le site www.librel.be), et en Hollande, où il endosse le rôle d’e-distributeur technique pour Centraal Boekhuis (CB).

 

Comme un libraire indépendant 

 

La stratégie est également celle de la différenciation. Qu’est-ce qui donne envie à n’importe quel lecteur d’aller voir un libraire indépendant plutôt que d’aller à la Fnac ? La manière de mettre en valeur et de parler des livres. ePagine est « plus engagé » autour des textes. Le site met en avant des sujets d’actualité politique à l’instar de sa rubrique « Décrypter l’actualité — l’Occident terroriste » ou encore « Brexit football club » qui rassemble des ouvrages répondant à une double question d’actualité empreinte d’humour : « Qui sortira premier de la zone Euro 2016 ? ». 

 

« Ces choix sont plus proches de L’Arbre à lettres rue Mouffetard que de la Fnac », conclut Stéphane Michalon en établissant un lien entre le site de vente et les libraires indépendants. Les responsables d’ePagine s’engagent également à mettre en valeur des livres peu médiatisés mais qu’ils ont aimé. C’est le cas, dernièrement, de La Fabrique des pervers de Sophie Chauveau.