Quand les ministères mettent des bonnets d'âne aux éditeurs scolaires

Antoine Oury - 21.11.2015

Edition - Les maisons - édition scolaire - Royaume-Uni école - Nick Gibb


Il y a tout juste un an, le ministre de l'Éducation britannique Nick Gibb avait mis en avant un certain décrochage dans l'élaboration des manuels scolaires par les éditeurs. D'après ce bilan préfacé par le ministre, les manuels scolaires du pays passaient à côté des attentes pédagogiques des professeurs et des élèves, avec seulement 10 % d'usages au sein des établissements scolaires. La Publishers Association riposte, mais le ministre renchérit.

 

Schools minister Nick Gibb MP gives the introducation at the second annual Policy Exchange Education Lecture

Nick Gibb, en septembre 2015 (Policy Exchange, CC BY 2.0)

 

 

« Nous sommes passés à côté des mauvaises habitudes que nous avons prises, mais aussi de l'émergence, dans d'autres pays, de manuels scolaires extrêmement bien théorisés, édités, et mis à disposition avec pertinence », expliquait l'auteur de ce rapport polémique, Tim Oates. Au fil des années s'était créée, signalait-il par ailleurs, une véritable politique « anti-manuels » au sein des institutions scolaires.

 

C'est pour lutter contre ce quasi-boycott que la Publishers Association, équivalent du Syndicat National de l'édition pour le Royaume-Uni, a décidé de redresser la barre. L'Association, en collaboration avec la British Education Suppliers Association (Association britannique des fournisseurs pédagogiques, BESA), publie ainsi des guides pour produire des manuels, selon les différentes matières.

 

« Les manuels scolaires britanniques ont toujours été reconnus pour leur qualité, comme le prouve leur usage à l'international », précise tout de même Colin Hughes, président de la commission pédagogique de la Publishers Association. « Cependant, les éditeurs ne sont pas complaisants — nous savons qu'il y a toujours de la place pour l'amélioration, pour répondre à de nouvelles idées et à des découvertes du monde entier. » (via The Bookseller)

 

Autrement dit, on avoue que les reproches n'étaient pas totalement infondés. Beau joueur, le ministre a, de son côté, récemment reconnu « de grands progrès », notamment pour les mathématiques.

 

Mais Nick Gibb ne lâche pour autant pas l'affaire : il vient de demander aux éditeurs de proposer 100 classiques de la littérature à petit prix, pour que ces textes deviennent accessibles à tous. Le ministre réclame conjointement une baisse des prix, dès lors que les textes publiés sont issus du domaine public — et que l'auteur ou un éventuel ayant droit ne perçoit plus de droits. Penguin et Scholastic ont assuré qu'ils relèveraient le défi, avec des prix commençant à 1,5 £. (via The Bookseller)

 

Et pendant ce temps, rue de Grenelle...

 

Il n'y a pas que le ministre de l'Éducation pour s'émouvoir de la qualité des manuels scolaires : en France, la ministre Najat Vallaud-Belkacem demandait en octobre dernier aux éditeurs de ne pas véhiculer dans les manuels scolaires « des stéréotypes préjudiciables à l’égalité filles-garçons »...

 

© Julien PAISLEY paisleyjimages@yahoo.fr 06.07.01.56.23  et 06.63.09.79.31  Mardi 15 AVRIL 2014   Najat VALLAUD-BELKACEM - Ministre des Droits des Femmes, de la Jeunesse et des Sports - VISITE l'École de la Deuxième Chance d'ORLY - 94310 -

Najat Vallaud-Belkacem - valdemarne CC BY NC ND 2.0

 

 

Et les demandes du ministère ne s'arrêterait pas là, d'après Marianne, qui, en juin dernier, interrogeait Sylvie Marcé, directrice des Éditions Belin et présidente du groupe des éditeurs scolaires au Syndicat national de l'édition : « Le ministère est très attaché à ce que la réforme trouve un point d'appui dans les manuels scolaires. »

 

Parmi les points importants, le ministère incite les éditeurs à privilégier le « travail en séquences » pour leur présentation des différentes matières. Ce travail en séquences consiste à introduire des notions de grammaire dans l'étude d'une pièce de Molière, selon l'exemple choisi par Marianne.

 

Par ailleurs, le ministère souhaiterait favoriser les manuels reposant sur une présentation par cycles, CM1-CM2-6e, puis 5e-4e-3e... « Nous nous attachons à répondre à leur inflexion. Et nous sentons assez fortement l'importance de traduire ces notions de cycles. Sur la forme finale que prendra la réflexion du ministère, nous n'en savons pas plus », terminait Sylvie Marcé.