Quand les USA contrôlaient le vote noir avec l'aphabétisation

Antoine Oury - 24.07.2014

Edition - Société - États-Unis - droit de vote - citoyens afro-américains


Officiellement, le droit de vote fut accordé aux citoyens noirs des États-Unis en 1870, au moment du vote du quinzième amendement de la Constitution par le Congrès. Bien évidemment, la ratification par les différents États, particulièrement ceux du sud du pays, prit encore quelques années, et son application fut tout sauf paisible. Ainsi, l'État de Louisiane imposait un test d'alphabétisation pratiquement impossible à remplir correctement, et déterminant le droit de vote.

 


Première page du test proposé dans les années 1950 et 1960

 

 

 Ce test, rappelle Rebecca Onion dans les colonnes de Slate, « était soi-disant applicable aux électeurs potentiels, Noirs comme Blancs, qui ne pouvaient prouver un certain niveau d'éducation ». Dans les faits, le test était essentiellement proposé aux électeurs noirs, dans le but de limiter leur accès aux urnes : par ailleurs, deux versions étaient mises à disposition des administrateurs, l'une présentant un niveau de difficulté bien plus important. Libre à eux de distribuer, selon le faciès du client...

 

Les tests d'alphabétisation étaient proposés dans des États comme la Louisiane, l'Alabama ou au Mississippi, connus parmi les plus racistes des États-Unis, et forts promoteurs de la ségrégation, notamment via les lois dites de Jim Crow.

 

Comme le prouvent les reliques collectées par le Civil Rights Movement Veterans, ces tests comportaient un grand nombre de questions, jusqu'à 30 pour le test de la Louisiane. Certaines n'hésitaient pas à aborder des points juridiques précis, comme « Pouvez-vous être emprisonné, selon les lois de l'Alabama, pour une dette ? »

 

D'autres questions semblent plus simples, relevant de la simple compréhension, mais s'avèrent finalement tout aussi alambiquées : « Dans l'espace ci-dessous, écrivez le mot "bruit", et placez un accent sur ce qui aurait été sa deuxième lettre s'il avait été écrit à l'envers. »

 

Qui plus est, le test devait être complété en 10 minutes chrono, et la moindre erreur, aussi infime soit-elle, disqualifiait le participant, lui interdisant le vote. En réponse à ces examens aussi racistes que stupides, les activistes des droits civiques organisaient des séances d'entraînement afin d'apprendre aux citoyens noirs les réponses nécessaires pour remporter le test. Mais, là encore, l'administrateur de l'État avait tous les pouvoirs pour refuser la candidature...