Quand Marcel Proust parlait de se marier...

Clément Solym - 10.05.2010

Edition - Economie - enchères - daw - cote


Proust, c'est toujours un succès. À croire que les chercheurs de temps à perdre n'en manquent définitivement pas. Et vendredi dernier, une édition originale Du Côté de chez Swann s'est encore trouvée un collectionneur qui aura versé 11.000 € pour acquérir ce premier tome de la recherche.


Un tome d'autant plus amusant qu'il est paru chez Grasset et non Gallimard, et que l'on retrouvait aux enchères chez Me Dauchez, situé à Dax (Landes). Eh oui, on n'est pas prêt d'oublier que si aujourd'hui, Gallimard est devenu l'éditeur historique du romancier, il avait commencé par refuser ses manuscrits.

Nos confrères de Sud Ouest qui font état de cette vente décrivent un ouvrage particulièrement soigné :
Finement relié d'un demi-maroquin de cuir brun, cet ouvrage d'une quinzaine de centimètres de hauteur seulement, se distingue également par sa « tête » dorée. Autrement dit, lorsque le livre est fermé, entre les deux couvertures, les imprimeurs ont passé une couche de dorure sur la tranche des pages.
Or, si l'on est intrigué par une telle réalisation, à l'intérieure, outre le texte désormais bien connu, l'acheteur profitera également de trois lettres signées Marcel, dans un livre qui fut publié en 1914. Proust sera emporté quelque huit années plus tard, le 18 novembre.

On y trouve une mention étonnante, faisant état d'un possible mariage : «… Si je me mariais, s'il voulait être mon témoin, mon plaisir serait à ses yeux un dédommagement… » Mais le mystère reste entier sur ce point.

Dans les autres lettres, Marcel parle de problèmes financiers et de sa santé, toujours en s'adressant à ses proches sous les noms de Monsieur ou Madame Nathan.

« Cher Monsieur Nathan, si cela ne te gêne pas le moins du monde, peux-tu me prêter 100 francs jusqu'à demain, si cela te gêne le moins du monde, c'est tellement inutile que je te supplie de ne pas le faire. Je n'ai toujours pas pu quitter ma chambre depuis le soir où je vous ai vu. Je suis un tout petit mieux ce soir, et si je peux, j'irai jusqu'à chez vous, quoique, à tout dire, pour une première sortie, je craigne un peu le calorifère.

Enfin, je ferai pour le mieux, mais pourquoi ne viens-tu plus jamais avant dîner ? Tendres amitiés et triste de savoir que Madame Nathan souffre toujours des horribles pointes de feu
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