Quand Vladimir Nabokov finançait les études d'Edward Jay Epstein

Julien Helmlinger - 28.03.2013

Edition - International - Vladimir Nabokov - Edward Jay Epstein - Quiz


L'Américain Edward Jay Epstein, avant de devenir lui-même écrivain et journaliste d'investigation, qui allait notamment se pencher sur l'assassinat du président Kennedy ou encore l'affaire Dominique Strauss-Kahn plus dernièrement, était étudiant à l'Université Cornell. Et le jeune homme gagnait alors son argent de poche en passant en revue les derniers films de son professeur d'anglais, enseignant qui n'était autre que Vladimir Nabokov. Une histoire qui débuta au cours de sa deuxième année d'étude, alors inscrit au sein de la Lit 311.

 

 

Crédits Flickr (CC by 2.0) 

 

 

Comme il le rapporte lui-même, en s'inscrivant dans la session littéraire qu'il allait suivre, l'étudiant Edward Jay Epstein avait opté en premier lieu pour une classe qui se réunirait les lundi, mercredi et vendredi matin, laissant aux élèves leur samedi de libre, tout en remplissant les conditions nécessaires à l'obtention du diplôme.

 

C'est ainsi que le jeune homme s'est retrouvé dans la classe officiellement intitulée « littérature européenne du XIXe siècle », mais plus connue sous le sobriquet de « littérature cochonne ». Notamment dans les colonnes du Cornell Daily Sun, en raison du fait que la classe s'intéressait de près aux comportements adultérins décrits dans les livres Anna Karénine de Tolstoï et Madame Bovary par Flaubert.

 

Lorsqu'est finalement venue l'heure du premier test, en classe, était finalement posée aux étudiants la question : « Décrivez la gare où Anna a rencontré Vronsky. »

 

L'élève, très soucieux de se ménager le samedi de repos, n'avait alors pas encore commencé la lecture de l'ouvrage. Pour palier à son retard, pourvu heureusement d'une mémoire eidétique, il a répondu à la question en se basant sur les souvenirs qui lui restaient du film sorti en 1948 avec Vivien Leigh en dans le rôle-titre. Mais malgré son subterfuge, et comme le réalisateur avait pris ses libertés au cours de son adaptation, le tire-au-flanc se sentait piégé.

 

Mais c'était sans compter avec la théorie de Vladimir Nabokov, qui veut que les grands romanciers suscitent d'avantage d'images dans l'imaginaire de leurs lecteurs, que les seuls éléments explicitement précisés par les mots couchés sur le papier.

 

Au final, le resquilleur a obtenu l'équivalent d'un A, une excellente note, et s'est vu proposer un emploi d'auxiliaire au professeur. Pour 10 dollars hebdomadaires, il devait se rendre dans les quatre cinémas de la ville pour visionner les nouveaux films, mis à l'affiche tous les mercredis, et aider le professeur à savoir lequel il allait lui-même visionner le week-end. 

 

Le mystère demeure toujours, quant à savoir si Nabokov a été séduit par la mémoire cinématographique de son élève, ou si le professeur était simplement passé à coté du film de 1948 et embauchait le jeune homme parce que ce dernier lui avait donné le sentiment de valider sa propre théorie.