Quatre livres interdits pour pornographie : vraiment ?

Clément Solym - 23.02.2009

Edition - Bibliothèques - quatre - livres - interdits


Située à quelques encablures de la ville de Kansas City, Topeka est la ville du comté de Shawnee où la polémique a été déclenchée. En effet, le conseil d'administration a voté en faveur de l'interdiction de quatre livres jugés trop portés sur le sexe, à 5 voix contre 3 après plus de deux heures de témoignages et de discussions.

Personne ne SEXcuse

Les différents livres inculpés sont : The Joy of Sex, The Joy of Gay Sex, Sex for Busy People, et Lesbian Kama Sutra. Bon, pas vraiment moyen de dire qu'ils ne sont pas portés sur la chose, les titres sont explicites. Leur accès a pour le moment été limité au seul personnel de la bibliothèque, et ce, malgré l'avis de la directrice de l'établissement, Gina Millsap.

Pour le groupe qui a plaidé en faveur de cette interdiction, il ne s'agit que de rester cohérent avec soi-même, après l'accès restreint qui a frappé les revues Playboy, ou encore les films classés X et les sites consultables via l'ordinateur. Estimant les livres cités comme préjudiciables aux mineurs, on avance à pas d'éléphants dans l'argumentation : « Si ces livres avaient été portés au cinéma, comment auraient-ils été réglementés », interroge-t-on.

La loi de l'État définit en outre comme nuisible pour les mineurs ce qui est un appel au sexe ou encore « manifestement contraire aux normes dans la communauté adulte, eu égard à ce qui est approprié pour les mineurs ». Hmm. Un délice. D'autre part, si l'ouvrage incriminé manque d'un « sérieux littéraire, scientifique, éducatif, artistique ou politique pour les mineurs », c'est fini, il est cuit.

Pas éducatif, le Kama Sutra ?

Pour la directrice, ce genre de comportement est une porte ouverte vers toutes les fenêtres en ce qu'il va nécessiter d'appliquer pour des livres à venir un âge minimum de consultation. Et de déplorer qu'une fois ce pas franchi, « il n'y a pas de fin aux contenus qui peuvent être considérés comme répréhensibles ».

De son côté, le public était manifestement partagé entre le bon sens de la directrice - « Il n'existe pas de bureau de bibliothécaire assez grand pour dissimuler tous les livres que quelqu'un peut trouver répréhensibles », pointe Jason Chaika, vice-président d'une association pour l'égalité - et le bon sens commun.

Mais voilà, cette pratique de censure pourrait s'avérer inconstitutionnelle et bravant le premier amendement de la constitution auquel les Américains sont si attachés : celui de la liberté d'expression. Risquant de stigmatiser les adultes qui souhaitent obtenir les informations qu'ils contiennent, l'interdiction soulèverait alors des questions qui pourraient n'être réglables que devant les tribunaux...