Que l'éditeur “traite l'écrivain et le lecteur mieux que cela" Hugh Howey

Nicolas Gary - 15.02.2014

Edition - International - Hugh Howey - autopublication - livre numérique


« Ce n'est pas un grand secret mondial que l'industrie de l'édition change. Mais ce qui reste mystérieux, c'est de savoir à quel point. » Hugh Howey a su attirer plus que l'attention des auteurs indépendants, en publiant, début décembre, des données chiffrées sur l'évolution du secteur. Et tout cela, alors qu'Amazon avait dévoilé l'importance, dans le top 100 de ses meilleures ventes, des livres autopubliés : 25 % des best-sellers viennent de l'autopublication. Effrayant ?

 

 

Hugh Howey - Silo

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Dans le domaine de la fiction, les chiffres semblent difficiles à contester. Howey et un comparse ont compilé les données concernant 7000 titres : thriller, science-fiction, et romans en tous genres. Le choix portait sur ces oeuvres qui représentaient 70 % du top 100 Amazon. Pourtant, ni la firme ni ses concurrents ne partagent de données sur les ventes de livres numériques. Un manque de transparence qui empêche, selon Howey, les auteurs de prendre les bonnes décisions. 

 

Pourtant, ce que les données démontrent incontestablement, c'est que l'autopublication devient prépondérante dans les classements des meilleures ventes. « Personne ne savait ces choses, auparavant », assure l'auteur. Ses chiffres, que l'on pourra toujours prendre avec des pincettes si l'on s'inquiète, affirment que 53 % des ebooks sur la liste des meilleures ventes sont des autopublications. Et un auteur indépendant serait plus à même de se vendre que les grands éditeurs. 

 

En effet, les cinq grandes maisons américaines, dans le domaine de la fiction, ne représenteraient que 28 % des ventes, contre 35 % pour les auteurs indépendants - à cumuler probablement avec les 18 % des maisons indépendantes. 

 

"Je ne veux pas une rupture définitive. Je pense que nous avons besoin que suffisamment de talents d'écrivains s'épanouissent pour créer une véritable concurrence dans le secteur de l'édition."

 

 

Or, souligne-t-il, les auteurs indés réalisent 50 % de chiffre d'affaires en vendant seuls, que leurs confrères, qui passent par des grandes maisons, sur les ventes de livres numériques. Et Howey sait de quoi il parle : autopublié, depuis ses premières lignes, il a toujours conservé ses droits numériques, bien que son ouvrage, Silo, soit imprimé par différentes maisons un peu partout dans le monde.  «Je suis terrifié à l'idée de céder mon livre. Quand nous avons reçu les premières offres des éditeurs, voilà près de deux ans, ils ont voulu changer le titre du livre », expliquait-il dans un entretien accordé à ActuaLitté l'an passé.

 

« Je ne veux pas une rupture définitive. Je pense que nous avons besoin que suffisamment de talents d'écrivains s'épanouissent pour créer une véritable concurrence dans le secteur de l'édition. Parce que maintenant, il n'y a pas de volonté de changement. Il y aura toujours plus d'écrivains à venir, avec des manuscrits et des rêves », assure-t-il. 

 

Ce que montre le travail de compilation d'Howey, souligne son éditrice chez HarperCollins, Polly Courtney, c'est que les auteurs autopubliés sont de plus en plus professionnels. Ils font preuve d'un sérieux qui ne permet plus aux maisons de négliger non seulement le réservoir de talents, mais surtout, la qualité éditoriale constatée. Et pour nombre d'entre eux, ils font bien mieux sans éditeur - tout en démontrant que cela est possible.

 

Bien entendu, le Bookseller estime que les données d'Howey sont surinterprétées, mais on ne peut pas attendre que le magazine professionnel officiel britannique fasse réellement de l'innovation. Car contrairement à ce que Philip Jones, le rédacteur en chef affirme, la révolution est bel et bien en marche. « Je comprends que certains auteurs soient ravis de leurs accords contractuels, mais je pense qu'ils sont une minorité. Les grands éditeurs américains fonctionnent main dans la main avec des termes de contrats abusifs et des redevances numériques horribles. »

 

Comprendre : déloyales pour les écrivains. Et d'ajouter que les éditeurs « ont besoin de commencer à traiter l'écrivain et le lecteur mieux que cela, sinon ils ne survivront pas. » Les premiers se concentreront sur une diffusion plus efficace de leurs ouvrages, une écriture plus ciselée, des textes plus insolites, tandis que les seconds se tourneront toujours vers ce que leurs goûts réclament et les recommandations leur proposent.

 

L'ensemble pourrait d'ailleurs bien donner lieu à une révolution heureuse, sans effusion de sang...

 

via Guardian