Que Laurent Fabius intercède contre le négationnisme imposé en Turquie

Clément Solym - 05.07.2012

Edition - Justice - Laurent Fabius - Ragip Zarakolu - Collectif VAN


L'éditeur turc Ragip Zarakolu est devenu un symbole, dans l'édition, de l'oppression politique qu'Ankara mène contre tous ceux qui s'opposent de près ou de loin aux décisions - ou tout simplement, ne rentrent pas dans le rang, sagement. Ainsi, le Collectif VAN vient de faire parvenir une lettre ouverture au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lui attirant l'attention sur des questions de diplomatie et de droits de l'Homme…



Laurent Fabius


 

Pour mémoire, le procès de Ragip Zarakolu s'est ouvert le 2 juillet, largement critiqué pour ce qu'il implique de violation des libertés individuelles et du respect des droits de l'éditeur. (voir notre actualitté) Nous publiions ici partie de la lettre ouverte du Collectif VAN.

 

 

Depuis ce lundi 2 juillet, 205 femmes et hommes, éditeurs, journalistes, universitaires, étudiants, hommes politiques, syndicalistes, avocats, défenseurs des droits de l'homme, sont jugés en Turquie dans le cadre d'un procès politique fleuve. Il se déroule sous haute surveillance au sein de la prison de Silivri à 67 kms d'Istanbul.

 

Les procédures judiciaires montées de toutes pièces visent - sous l'accusation fallacieuse de « terrorisme » - à museler le droit à la liberté d'expression en Turquie. Parmi les prévenus, d'éminents intellectuels turcs et kurdes : l'éditeur Ragıp Zarakolu [Fondateur de l'Association turque des droits de l'homme – IHD, pressenti pour le Prix Nobel de la Paix 2012], son fils Deniz Zarakolu, l'universitaire Büsra Ersanlı, la traductrice Ayse Berktay, et bien d'autres personnalités. À titre indicatif, le Procureur public d'Istanbul, Adnan Çimen, a requis respectivement 7,5 à 15 ans de prison contre M. Ragıp Zarakolu et 15 à 22,5 ans d'emprisonnement contre Mme Büşra Ersanlı.

 

Le « crime » réel de ces intellectuels turcs et kurdes, présentés dans le cadre des procès KCK devant le tribunal du Pénitencier de Silivri, est d'avoir donné des conférences sur les droits du peuple kurde ou d'avoir brisé le tabou du génocide arménien en éditant des ouvrages allant à l'encontre de l'historiographie officielle de l'État turc.

 

L'éditeur Ragip Zarakolu a déclaré lors de la conférence de presse qui s'est tenue à l'issue de la première audience : « Un cancer ronge ce pays dans le cadre de ce procès KCK ». Il a ajouté : « La liberté d'expression est gravement menacée en Turquie, comme à l'époque du 12 septembre 1980, date à laquelle le pays a connu le plus grave coup d'État qui a modelé la Turquie en instaurant un régime autoritaire ». 

 

Monsieur le Ministre, ces personnalités attendent l'aide urgente de la France. Elles ne sont que la partie immergée de l'iceberg : plus de 7000 opposants politiques attendent le printemps turc en prison. Parmi eux, 600 étudiants dont Cihan Kimizigül, étudiant de l'université franco-turque Galatasaray, condamné à une peine de 11 ans et 3 mois de prison le 11 mai dernier pour port d'un foulard kurde…

 

Et la présidente du Collectif, Séta Papazian de réclamer l'intervention du ministre, qui reçoit, ce 5 juillet, son homologue turc, M. Ahmet Davutoglu. Et le collectif de demander à Laurent Fabieus « d'intercéder en faveur de l'acquittement total et de la libération des personnes citées ci-dessus ».  

 

« Il est temps d'avoir le courage d'affirmer que le négationnisme imposé par la Turquie — non seulement sur son sol, mais également dans le monde entier - ne peut avoir droit de cité dans notre République, dans nos écoles et dans nos universités. Il en va de la démocratie en Turquie, mais également de la protection de notre espace citoyen. »