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Que les librairies indépendantes prennent les armes : No pasaran

Nicolas Gary - 29.08.2013

Edition - Librairies - librairies indépendantes - Amazon - marché du livre


L'ère numérique et la librairie ne semblent pas vraiment compatibles, et durant tout le mois d'août, plusieurs prises de parole publiques sont intervenues pour défendre la cause des libraires. « Votre librairie locale ne peut pas survivre en tant que salle d'exposition », assène Stuart Bernstein, agent littéraire et ancien libraire. Mais il n'est pas le seul à vouloir prendre les armes. 

 

 

 

 

Et outre-Atlantique, le bourreau tout désigné, c'est Amazon, et avec lui, le livre numérique, qui ont bouleversé le modèle économique ancien, et mis un accent tout particulier sur la politique tarifaire. Le tout conduisant les consommateurs à déserter les boutiques pour se procurer sur le net les livres qu'ils avaient vu en vitrine desdites librairies. 

 

« Nous votons dans les urnes, mais aussi avec nos portefeuilles. Quelle est la valeur du meilleur livre que vous ayez jamais lu ? Pouvez-vous simplement le quantifier », interroge Bernstein ? Alors certes, la transition numérique, inéluctable, manifestement, peut être pointée du doigt, mais la réalité économique des libraires indépendants, autant que des chaînes, n'en est pas moins constatable au quotidien. 

 

Surtout que, dernièrement, le ministère de la Justice a condamné Apple pour entente, imposant que le contrat d'agence, qui permettait de lutter avec des armes plus égales, a été banni. Comment, si ces contrats disparaissent, sera-t-il possible qu'une concurrence saine puisse s'exercer entre les libraires et Amazon ? Or, les algorithmes sont encore loin de pouvoir remplacer l'être humain qui sera en mesure de partager ses lectures et de prescrire un ouvrage. 

 

La pratique du showrooming - faire sa liste de course dans un magasin, et acheter sur Internet - se répand, véritable traînée de poudre. À l'époque où l'on peut télécharger gratuitement le Tour du monde en 80 jours, tout en se baladant dans un parc, quel avenir pour les librairies ? Il faudrait être un marxiste convaincu pour envisager que le capitalisme ne connaîtrait pas un avenir triomphant, malheureusement. 

 

Communication de crise : sensibiliser le client

 

Alors, voilà que les libraires américains sont tout disposés à faire la plus mauvaise publicité possible à Amazon. Durant l'accalmie partielle de l'été, les vilaines nouvelles n'ont pas pris de vacances : cela a commencé avec la condamnation d'Apple, puis le voyage d'Obama dans un entrepôt d'Amazon, et un discours glorifiant la réussite de la société de Jeff Bezos.

 

C'est auprès des clients qu'il faut entamer une campagne de sape, explique le président de l'American Booksellers Association. Amazon est une société particulièrement prisée chez les parents d'enfants de moins de 18 ans et les 18-34, mais il n'est pas impossible de renverser la vapeur même si le Kindle est l'un des produits les plus appréciés, en tant que marque, par les consommateurs américains.

 

La relation avec le client est prépondérante : le prix de vente ne peut pas tout faire, promet Oren Teicher dans son courrier aux membres de l'Association. Le contact humain doit leur permettre de favoriser un meilleur échange. Et surtout : « Il faut continuer le combat. » Arlette Laguiller n'aurait pas dit mieux. Pour commencer, estimer qu'Amazon aurait coûté plus de 42.000 emplois à l'économie américaine, ensuite, rappeler que pour l'ouverture du centre de Chattanooga, ce sont 10 millions $ d'allégements fiscaux dont la firme a pu bénéficier. Et les exemples ne manquent pas, pour allonger la liste. 

 

« Je sais que chaque boutique doit déterminer elle-même ce qu'elle choisira de dire sur Amazon. Ce qui peut marcher d'un côté de notre pays, peut n'avoir aucune incidence sur l'autre, et le jugement et la connaissance de votre communauté est, inévitablement, le meilleur », exhorte-t-il. L'Association ne peut que livrer les données factuelles, pour consolider le discours : le reste se déroule dans l'intimité des librairies, face à face avec le client.