"Que serait l'image de la France sans... Michel Houellebecq" ?

Clément Solym - 09.01.2012

Edition - Les maisons - Culture - France - Olivier Poivre d'Arvor


Il ne suffit pas de clamer et d'écrire que l'Hadopi « va et doit disparaître » pour avoir assis sa demande d'embauche au ministère de la Culture, alors que les présidentielles de 2012 approchent. Olivier Poivre d'Arvor nous avait peut-être régalés de cette saillie notable, mais son ouvrage, Culture, état d'urgence, nécessite à bien des égards une autre approche. Avant de proposer une synthèse plus globale du livre - et promis, ce sera fait dans les longueurs -, nous avons voulu centrer sur une autre thématique qui nous est chère : l'industrie du livre. 

 

C'est que, parler de la culture en France, des cultures de France, de ses expressions, manifestations, transgressions ou encore de ses lacunes, vieilleries et autres, aurait tout de même impliqué de prendre le temps d'approfondir certains sujets. Ainsi, le livre est tout de même passé sous un silence assez fumeux. Lui qui, aux dernières nouvelles, données par le Syndicat national de l'édition, incarnait encore la première industrie culturelle française.

 

Et l'ironie n'échappera pas au passant vigilant : un livre sur la culture, qui évoque si peu l'édition, c'est tout de même fort de café, et chaud, cacao...

 

Mais rendons justice à Olivier : il n'occulte pas le le livre. Oui, c'est heureux. En outre, certains pans de la culture, ou de l'expression culturelle et artistique, sont bien plus mal lotis encore. On pensera à la peinture, qui semble ne pas exister, ou à la sculpture, qui doit être suffisamment alitée et moribonde, pour n'être jamais évoquée. Mais le livre, donc, est aux abonnés peu présents. 

 

La culture des chiffres et des lettres : le compte n'est pas bon

 

On trouvera cependant quelques données : ainsi, et comme à son habitude de ne jamais donner les sources des chiffres avancés, « 72 % des Français ne sont jamais entrés dans une bibliothèque au cours des douze derniers mois (lesquels, mystère...) ou n'ont pas acheté un livre ». 

 

Ces chiffres semblent provenir d'une enquête réalisée en 2008, et synthétisant des informations prises entre 1997 et 2008, signée par Olivier Donnat.  (la synthèse en PDF) Laquelle ne dit cependant, à aucun moment, que 72 % des Français n'ont pas acheté de livres, mais plutôt : 

Dans le cas des livres, la baisse des forts et moyens lecteurs s'est poursuivie. Cette tendance, dont l'origine est, elle aussi, bien antérieure à l'arrivée de l'internet, a continué à peu près au même rythme que lors de la décennie précédente, entraînant une augmentation de la part des très faibles lecteurs – 1 à 4 livres lus dans l'année – mais aussi des non-lecteurs : il y a aujourd'hui plus de Français à n'avoir lu aucun livre dans le cadre de leur temps libre au cours des douze derniers mois qu'il n'y en avait en 1997, et ceux qui n'ont pas délaissé le monde du livre ont réduit leur rythme de lecture d'environ cinq livres par an.

D'ailleurs, les Français dans l'ensemble reconnaissent eux-mêmes que leurs relations avec le monde du livre se sont distendues puisque 53 % d'entre eux déclarent spontanément lire peu ou pas du tout de livres..

 

La différence est notable, mais nous reviendrons plus amplement sur les imprécisions ou données fausses livrées au fil de cet essai. 

 

Des nains sur les épaules de géants... en échasse

 

En bon démagogue, et flatteur des instances politiques, OPdA ne manque pas non plus de saluer les réalisations passées. Il ne s'agit pas pour nous de contester leur efficacité, mais de bien percevoir qu'à ce jour, certaines affichent clairement leurs limites. Ainsi, explique OPdA, (pp. 110-111) :  

Les échanges entre les autorités publiques et les sociétés civiles sont profondément bouleversés dans le cyberespace, lieu où mobilisation et contestation trouvent une tribune nouvelle. Sans faire de maximalisme numérique ni céder au diktat de l'ultra-connexion et de l'hyperréactivité, ce chantier devrait être absolument à la hauteur des réponses données il y a trente ans autour de l'édition papier, ave la création d'un prix unique du livre et l'assurance de la diversité des contenus par le maintien d'un réseau de détaillants indépendants. Bref, un système qui ne soit ni frileux, ni répressif.

 

Ah, oui, la loi Lang. Fort bien. Et sa réplique pour le moins déconcertante en matière de livre numérique, la loi PULN, qui a pour vocation d'assurer, pour l'ebook, une fixation des prix par les éditeurs, et donc le même contrôle que pour le livre papier voilà trente ans.

 

Mais qui n'aura, en dépit des discours officiels, bien peu en vogue dans les couloirs où ces choses sont débattues, absolument pas la même incidence pour les librairies indépendantes, à l'heure numérique. Voire, au contraire, cette législation adoptée à la force d'un lobbying sauvage - pour une fois qu'on s'y attelle en France, il faut que ce soit pour de mauvaises causes - et par des discussions menées en (très, trop ?) grande hâte, ne serait que poudre aux yeux lancée au visage desdits libraires.

 

On rira, mais jaune, et plus encore, des naïfs propos de notre candidat pour le ministère de la rue de Valois.

 

Houellebec, ou la fuite des impôts (à défaut de cerveaux)

 

Autre occasion de rire, cette fois à gorge déployée, en constatant la liste de figures culturelles citées. « Que serait enfin l'image de la France dans le monde », s'interroge OPdA, sans... Michel Houellebecq ? Quid ? Ce même Houellebecq qui résidait en Irlande, pour payer moins d'impôts ? Celui qui revendiquait que l'ère Sarkozy était préférable celle de Chirac ? Un peu de sérieux...

 

En septembre 2008, Houellebecq confirmait, à l'occasion d'une émission avec Fogiel sur Europe 1 que oui, les impôts en France, c'était trop. « Je reviendrai quel que soit le système fiscal quand j'en aurai assez de parler anglais », concluait-il. Non, mais sans blague... L'image culturelle de la France passant par ce genre de déclaration ? Il serait bien embêté, notre postulant ministre, de devoir gérer une situation de ce genre, non ? 

 

 

 

Cette librairie, qui est la mienne (sur l'air d'un Plat pays...)

 

Oh, il revendique pourtant bien, dans le domaine de la publication, le statut du pays comme « plus grande librairie au monde » et « ce n'est pas pour rien ». En effet, « nous traduisons plus que nulle part ailleurs ». Et affirmer que ce genre de situation va bien dans le sens de « favoriser une certaine réciprocité », difficile de le croire.

 

Le MOTif avait à ce titre réalisé une étude, pour montrer combien la littérature française avait du mal à s'exporter, en dépit des aides proposées par le Centre national du livre. Peut-être aurait-il été bon de la consulter, avant de se lancer dans de si tristes propos. Le pays n'aurait, éditorialement, pas trop perdu de son prestige, y apprenait-on, mais « c'est tout juste, si, en parlant de littérature française, ces personnes sont capables de citer Houellebecq ». Tiens donc, et qui revoilà ? La question de la diffusion se pose avec les grosses chaînes : « Si un livre n'est pas accepté par le chef des achats, alors il n'aura aucune existence sur l'ensemble du réseau. Et les traductions d'oeuvres françaises n'ont pas vraiment leur chance. » 

 

Et en parallèle, OPdA de nous servir, p. 135, une affirmation qui déplore que « sur les dix romanciers les plus traduits au monde, neuf écrivent en langue anglaise ». Si la contradiction était la base de la philosophie de Socrate, celle d'OPdA ressemble plutôt à une grande soupe. 

 

L'état d'urgence est donc déclaré. Mais l'urgence viendrait plutôt d'un état des lieux approximatif, bancal et franchement pas convaincant. Le lecteur cherchera d'ailleurs en vain les notions d'évolution du livre vers l'univers numérique : pas un mot sur l'ebook, quelques rares commentaires sur la numérisation. Mais dans tous les cas, absolument rien, que ce soit pour le livre ou d'autres secteurs culturels, sur la création numérique. Dont acte...

 

Rendez-vous dans la semaine, pour le coup de grâce. 




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