Québec : 600 millions $ pour la culture, et quelques appréhensions

Nicolas Gary - 11.06.2018

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Ce 12 juin sera présenté le plan d’action de la nouvelle politique culturelle du Québec. Quelques premières informations ont habilement fuité dans La Presse canadienne, laissant les professionnels sur leur faim. Pour les institutions culturelles, une rallonge de 100 millions $ CA est prévue. En attendant d’avoir le détail, les premières lignes sont assez clairement définies. 


Editions Alire
ActuaLitté, CC BY SA 2.0



Avec un budget de 600 millions $ CA supplémentaires, le gouvernement de Philippe Couillard, Premier ministre du Québec, les perspectives laissent songeur. Affirmant une volonté de donner à la culture une vraie place, le gouvernement opte pour deux axes : d’un côté, le statut des artistes, de l’autre, favoriser les productions québécoises. 

Dans son ensemble, le document d’une cinquantaine de pages intitulé Partout, la culture — titre choisi pour le projet de consultation de juin 2017, et déjà amplement critiqué — laisse donc entendre un renouveau pour les artistes. La ministre Marie Montpetit qui présentera le document doit en effet intervenir sur deux lois aujourd’hui en vigueur, de 1987 et 1988, portant sur le statut même des créateurs.
 

Artistes, statut et création


Il s’agit d’une double approche, portant sur le volet fiscal et professionnel : une nouvelle définition sociale, qui ferait des artistes des travailleurs indépendants. Une facilité pour la négociation de contrats ? Tout le monde attend des précisions. Leur protection sociale serait également revue — rejoignant par là même des revendications que l’on connaît en France. Sécurité sociale, retraite, assurance… Tout irait dans le bon sens. 

« Le travail artistique et culturel se caractérise souvent par la précarité d’emploi, le cumul de statuts et la combinaison de plusieurs modes de rémunération. Encore aujourd’hui, de nombreux créateurs n’arrivent pas à vivre de leur art », indique le document. Déclaration d’intention louable…

Pour y parvenir, 169 millions $ CA sont prévus, permettant de favoriser l’offre. 100 millions $ CA devraient être répartis entre les deux grandes organisations, Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société des entreprises culturelles (SODEC).

Les industries culturelles, qui dépendent de la SODEC devront encore attendre pour savoir quelles sont les répartitions entre les différents acteurs : la SODEC a en effet pour interlocuteurs l’ensemble des industries culturelles : musique, cinéma, édition, télévisuel, etc. 
 

Faire crédit, ou accorder crédit, telle est la question


« Nous espérons connaître demain la répartition des montants par secteurs d’activités », indique une actrice de l’édition, sans grand espoir toutefois. Les proportions entre SODEC et CALQ pourraient en revanche être connues demain — là encore, hypothèse à prendre avec des pincettes. « Pour le budget régulier de la SODEC, qui est déterminé suite à l’étude des crédits, il serait peut-être confirmé vers la mi-juillet. » De grandes espérances, comme dirait Charles Dickens...

Pour comprendre le problème, on peut s’appuyer sur la question des livres numériques : durant trois années passées, les éditeurs ont entrepris la numérisation de leurs catalogues avec le soutien assuré de la SODEC. Pour autant, le remboursement prévu des sommes engagées n’a été validé que récemment, sans garantie de renouvellement pour la suite.

Les crédits dont la SODEC devait bénéficier sont en effet soumis et dépendants de l’attribution annuelle. Et de l’approbation du ministère. « Difficile, dans ces conditions de développer une véritable politique de long terme, qui serait structurante et autonome, car chaque année, ils attendent de savoir s’ils ont leur crédit du ministère », note une proche du dossier. 

D’autant, affirme-t-on que les réaménagements budgétaires dissimulent des réalités reposant plutôt sur des coupes. Ainsi, pour la SODEC, 50,2 millions $ CA ont été dédiés aux entreprises, contre 52,7 millions en 2016-17, 56,4 millions en 2015-16, 58,6 millions en 2014-2015 et 60,5 millions en 2013-2014.

Dans les faits, donc, et sur une période de moins de quatre ans, le gouvernement a opéré des coupes de plus de 10 % dans l’aide directe aux entreprises culturelles. « Pour un gouvernement qui fait de l’entrepreneuriat et le développement économique une priorité, c’est incohérent », relève un professionnel.
 

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Du côté des bibliothèques, la situation n’est pas meilleure : pour l’année 2017-2018, les crédits octroyés par le Gouvernement Couillard dédiés au fonctionnement de la BANQ sont de 69,5 millions. Ce chiffre était de 72,2 millions en 2016-17, 72,9 millions en 2015-16, 76,1 millions en 2014-2015, 77,5 millions en 2013-2014. Conclusion : coupe de 10 % du budget en 5 ans. Et dans le même temps, 2,4 millions de suppressions de la masse salariale.

« Vouloir “la culture partout” nécessite des institutions solides, or ce gouvernement n’a fait que les affaiblir et les déstructurer, ce qui a eu des impacts très concrets sur le quotidien des artistes et sur le service à la population, surtout en région », déplore-t-on.

La politique culturelle, attendue et reportée depuis l’automne 2017, va apporter de l’argent frais, ce qui reste une nouvelle appréciable, dans son ensemble. Mais les professionnels se montreront particulièrement attentifs aux répartitions…
 




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