Québec : Boycott de Philippe Béha dans les librairies Renaud-Bray

Clément Solym - 02.12.2012

Edition - International - UNEQ - Québec - boycott


On connaissait les crises entre auteurs, entre auteurs et éditeur, entre libraire et éditeur, mais plus rarement le conflit ouvert entre auteurs et libraires. Et il aura fallu qu'elle nous parvienne du Québec. Le patron de la chaîne d'établissements francophones Renaud-Bray, Blaise Renaud, est monté rageusement au créneau. Face à lui, l'illustrateur jeunesse Philippe Béha, qui à l'occasion du Salon du livre de Montréal, s'était distingué - et fait remarquer.

 

 

 

Lauréat du prix Marcel-Couture, pour son ouvrage, Le monde de Théo, l'auteur avait repris le micro, après son passage, avec l'intention de « donner une petite tape sur les doigts ou un coup de pied quelque part ». Visées, les boutiques Renaud-Bray, et tout particulièrement l'une d'elles, où l'auteur avait découvert un coin de livres avec l'intitulé Québec-Canada. Mais, consternation, on n'y trouvait quelques ouvrages de production canadienne : le reste, c'était du Walt Disney. 

 

Le ton monta entre les deux hommes, échanges de nom d'oiseaux, et le grand patron réagit dans la presse, rappelant que son établissement, comme tout autre, possède une liberté de choix. N'appartenant pas à l'illustrateur, la chaîne établit sa ligne éditoriale selon ce qu'elle veut commercialiser, et que l'on n'en parle plus. La mise en avant des livres, cela s'opère selon les goûts et les choix. 

 

Règlements de comptes à OK Corral

 

Et le PDG de renchérir : Philippe Béha se désolait peut-être de ne pas trouver ses livres dans les bacs de Renaud-Bray (27 boutiques, 11 dans Montréal, et 125 millions $ CA de revenus). Reste que ses livres peuvent être commandés, y compris depuis le site internet.

 

Le petit monde de l'édition s'agite et l'Association des illustrateurs du Québec, de même que celle des écrivains québécois pour la jeunesse, se désole. Laila Héloua, présidente de l'AEQJ : « M. Renaud a pris la remarque de Philippe Béha comme une attaque personnelle alors que le but était de souligner le manque de visibilité de la production québécoise. » Mais le patron des librairies a très mal pris la chose, effectivement, et décidé de supprimer les livres dudit Philippe Béha, pour le punir, tout simplement. « Je ne donnerai pas d'espace privilégié, qui me coûte le gros prix au pied carré, à quelqu'un qui me discrédite publiquement », jure le grand patron. 

 

De son côté, Philippe Béha assure : « J'ai dit tout haut ce que plusieurs éditeurs jeunesse pensent tout bas. » Mais le boycott était dans tous les cas déclaré, chose que les internautes n'ont pas vraiment acceptée, ni tolérée. Initiée par un auteur jeunesse, Claude Champagne, une manifestation est prévue pour ce dimanche, à 14 h locale, rue Saint-Denis. 

 

Manifestation, sans littérature

 

« Il y a beaucoup d'insatisfaction dans le milieu de la littérature jeunesse, et le plus épouvantable, à mon avis, est la condescendance de Blaise Renaud dans ses propos. Alors, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose. »

 

Et pour sensibiliser les passants, il propose d'entrer « dans le Renaud-Bray et nous nous dirigerons dans la section jeunesse. Il s'agit d'un acte symbolique pour signifier que nous sommes des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs et des lecteurs québécois et que nous souhaitons que notre culture ait la place, la visibilité qu'elle mérite en librairies ». 

 

À cette heure, près de 140 participants sont prévus, sur les 1134 invités. 

 

Le prix UNEQ du livre jeunesse québécois  

 

L'UNEQ n'est en effet pas restée de marbre, s'insurgeant contre la décision des établissements Renaud-Bray de retourner à leurs éditeurs, les différents livres de Philippe Béha, suite aux propos de l'auteur. Ce dernier ne faisait pourtant qu'usage de sa liberté d'expression, pour pointer une carence dans les librairies - la plus importante chaîne du Québec, après tout - et le manque d'attention accordée aux livres jeunesse québécois. 

 

En réagissant de la sorte, Blaise Renaud s'attire une bien mauvaise presse :

le patron de la chaîne de librairies ne pénalise pas seulement l'artiste qu'il cible, mais aussi les nombreux auteurs dont il a illustré les œuvres, dont Henriette Major, Dominique Demers, Louise Portal, Andrée Poulin, Louis Émond, Lucie Papineau, Gilles Tibo, Bertrand Gauthier, Robert Soulières, Mario Brassard, Danielle Simard et plusieurs autres, ainsi que des maisons d'édition reconnues comme Fides, Québec Amérique, Les 400 Coups et Hurtubise qui les ont publiés.

 

Et l'UNEQ de réclamer que le boycott cesse, dans les meilleurs délais, pour que reviennent « sur les étagères de ses librairies les livres de Philippe Béha. Notre association entend continuer à mobiliser le milieu littéraire et le public en général contre une décision aussi odieuse qu'injuste ». 

 

On verra ce soir ce que la manifestation a pu apporter dans cette histoire...

 

Entre temps, guerre marchande oblige, le concurrent de Renaud-Bray, les libraires Archambault, vient de mettre en page d'accueil de leur site internet, un appel du pied énorme avec une sélection de livres de littérature jeunesse québécoise. Ou l'art de récupérer tout ce qui traîne...

 

 

 

Mise à jour 21h40 : 

 

Laila Héloua a contacté ActuaLitté, pour signaler que la lettre évoquée dans notre article a été signée de tous. « Vous devez aussi savoir que RB a aussi créée une nouvelle section de livres jeunesse québécois sur son site », souligne-t-elle.

 




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