Québec : contre la loi prix unique de Maka Kotto, Amazon se dresse

Nicolas Gary - 11.12.2013

Edition - International - Amazon - prix unique du livre - Québec Maka Kotto


La semaine passée, le ministre de la Culture québécois, Maka Kotto, annonçait son projet de loi, visant à instaurer un prix unique du livre sur le territoire. « Cette réglementation pourra assurer un accès à l'expertise des libraires et à tous les milliers de titres québécois qu'ils offrent », expliquait-il alors. Si deux partis politiques s'y sont clairement opposés, Amazon s'est adjoint les services d'un cabinet de lobbyistes pour faire entendre son mécontentement...

 

 

Maka Kotto

Montréal métropole culturelle, CC BY ND 2.0

 

 

Le cabinet Gowling Lafleur Henderson, situé à Ottawa, aura donc la responsabilité des attaques qu'Amazon portera à la future loi. C'est que la firme américaine compte d'ores et déjà mettre en place « des démarches en vue de modifier les orientations du Québec en matière de réglementation du marché du livre, particulièrement en rapport à la loi 51 sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre ».

 

Mi-novembre, le cabinet du ministre avait reçu des représentants de la firme, confirme-t-on ; les échanges et motifs de leurs conversations ne seront cependant pas dévoilés. 

 

En l'état, le projet de loi vise à limiter les rabais autorisés et pratiqués à 10 % du prix du livre, maximum, et ce, durant neuf mois. Par la suite, les remises seront libérées. Il s'agit, pour une période d'observation de 36 mois, d'observer les effets de cette législation. À son terme, les conclusions qui s'imposent seront tirées et l'on pourra soit maintenir et affiner la loi, soit l'abroger. Sauf qu'aujourd'hui, Amazon parvient à pratiquer des remises de l'ordre de 50 % sur des ouvrages anciens, et ne se prive évidemment pas de pratiques des rabais séduisants sur les ouvrages neufs. 

 

Pour le mouvement, Sauvons les livres, à l'origine de manifestations en faveur de la loi, cette réaction de l'Américain était tout à fait prévisible, explique Elodis Comtois, porte-parole. « Ils seront assujettis à la loi, donc c'est certain qu'ils veulent conserver leur marché. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'Amazon, c'est un rouleau compresseur. Ils font descendre les prix, ce qui diminue le nombre de joueurs. Et après, ils ont le loisir de relever les prix. »

 

Il reviendra à Jacques Shore, associé du cabinet de lobbyistes, et auteur lui-même, de prendre en charge le dossier Amazon, une société qu'il connaît déjà bien. Il avait en effet travaillé pour elle, à l'occasion de « l'examen des investissements étrangers de la société et à l'ouverture de son premier centre de gestion des commandes au Canada ». 

 

Ce retour d'Amazon dans les discussions est cependant intéressant : durant les auditions liminaires, le marchand avait décidé de quitter la table, pour mieux se retourner, manifestement. « Ils préfèrent s'inscrire comme lobbyiste maintenant qu'un projet de loi est annoncé afin d'en orienter le contenu dans leur intérêt. On imagine que l'entreprise va mettre tout en oeuvre pour ne pas que la réglementation soit adoptée au Québec, fidèle à leur stratégie mondiale », estime Elodie Comtois.

 

Mais il faut croire que jamais la firme ne s'est réellement éloignée de ces questions. Aujourd'hui, le pouvoir acquis par le cybervendeur est tel qu'il permet de déconnecter tout éditeur qui se montrerait réfractaire aux conditions commerciales. Avec une loi imposant un prix unique, le rapport de force serait complètement inversé.

 

Or, si pour le consommateur québécois, un prix unique donnerait l'impression d'une hausse des prix de vente, ce n'est là qu'une vision à court terme. Car, « à moyen et long terme, cela va empêcher les hausses de prix observées dans tous les pays qui n'ont pas une telle réglementation. Par exemple, en Angleterre, les consommateurs ont subi une hausse de 30 % des prix des livres, contre 18 % d'inflation sur les biens à la consommation. Les prix restent stables dans tous les pays qui ont réglementé ».