Québec : des libraires inquiets de l'affrontement avec un distributeur

Cécile Mazin - 12.06.2014

Edition - Librairies - Québec livres - librairies régulation - prix unique


Un autre différend ne semble pas près de se résoudre au Québec. Les libraires, sans citer les deux acteurs, expriment toute leur inquiétude alors que Diffusion Dimedia et les librairies Renaud-Bray sont toujours en conflit. Et l'association de rappeler que sur le territoire québécois, la loi 51, sur Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre doit être respectée. Mais également augmentée par l'encadrement et la fixation des prix, pour le confort de tous. 

 

 

Québec

fquevillon, CC BY NC SA 2.0, sur Flickr

 

 

Depuis plusieurs années maintenant, certains acteurs du livre au Québec plaident pour l'instauration d'un modèle de loi Lang français, légèrement revu et adapté. Le désaccord entre un revendeur et un fournisseur donne l'occasion d'une communication ferme de la part de l'Association des Libraires du Québec (ALQ).  Nous le reproduisons ici dans son intégralité.

 

Alors que des tendances néfastes pour l'économie québécoise prennent de l'ampleur (montée des ventes en ligne sur des sites étrangers et acquisitions de livres numériques non encadrées dans le milieu scolaire), accompagnées d'autres, qui peuvent être dommageables pour notre culture en général (coupure de prix en grandes surfaces, précarité de l'édition avec les coupures de 20% des crédits d'impôt et fermetures de librairies indépendantes), les acteurs du milieu du livre québécois doivent tous œuvrer dans le but de protéger cet écosystème fragile et menacé.

 

La protection de cet écosystème est assurée en bonne partie depuis 1981 par la Loi 51. Elle ne doit en aucun temps être remise en question. Lors de son dépôt, cette loi visait un meilleur développement des industries du livre au Québec, une plus  grande diffusion de la littérature québécoise et une augmentation de l'accessibilité au livre, par la mise en place de pratiques commerciales dans le secteur. Une très forte majorité des acteurs s'entend pour reconnaître que la loi a suscité une révolution dans le secteur du livre et a permis son essor sur l'ensemble du territoire québécois. Elle constitue un outil de stabilisation de la filière du livre au Québec.

 

Qu'elle soit questionnée suscite l'indignation des libraires membres de l'ALQ. De plus, cette loi a permis de mettre les distributeurs à l'abri d'une excessive course aux surremises que pouvaient exiger certains géants. Cette course aurait mené possiblement à une guerre de prix et eu pour conséquence d'affaiblir le réseau des librairies indépendantes.

 

Il est important de rappeler que l'ALQ milite pour faire adopter une réglementation du prix du livre, qui renforcera la Loi 51 et la modernisera en y incluant le livre numérique. Nous croyons que certaines pratiques commerciales doivent être revues et dans cette perspective, nous mènerons des représentations pour y arriver de manière constructive en travaillant avec les acteurs du milieu pour que chacun puisse y trouver satisfaction.

 

Si l'ALQ poursuit une bataille depuis plusieurs mois pour obtenir la réglementation du prix du livre, elle demande également au gouvernement d'agir urgemment dans le dossier du livre numérique en encadrant la vente et l'acquisition à même la Loi 51. Elle demande aussi qu'une plateforme soit mise en place pour les écoles du Québec, afin qu'elles puissent faire l'acquisition d'œuvres numériques en respectant les droits d'auteur et l'écosystème du livre actuellement fragilisé.

 

Les dernières nouvelles, concernant une loi portant sur le prix unique du livre au Québec ne sont toutefois pas très bonnes : alors que le parti québécois a perdu les élections provinciales, le parti libéral ne s'est jamais montré très favorable à un pareil texte. Certains s'apprêtaient déjà, à cette nouvelle, s'apprêtaient à prendre le deuil. 

 

« Le ministre a annoncé du vent. […] Autant les libraires que les consommateurs ne sortent pas gagnants de la proposition du ministre. Il n'y a pas d'études sérieuses qui disent que c'est la solution. La preuve, c'est que le ministre parle d'une période d'essai de 36 mois », annonçait Christine Saint-Pierre, représentante du parti libéral lors des débats, en début d'année. Quant à Hélène David, la nouvelle ministre de la Culture, elle ne s'est toujours pas prononcée sur la question.