Québec : la plainte pour diffamation contre le biographe de Gaston Miron rejetée

Nicolas Gary - 24.08.2016

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En mars dernier débutait un procès au Québec qui chamboulait le paysage éditorial. Une plainte visait Pierre Nepveu, auteur d’une biographie de Gaston Miron. Poète et éditeurs québécois, il était décédé le 14 décembre 1996, et reçut les hommages d’obsèques nationales. Il fut également l’un des six cofondateurs des Éditions de l’Hexagone, maison bâtie en 1953 et spécialisée dans la poésie.

 

 

 

Alain Horic, qui devint copropriétaire de la maison, avec Gaston Miron et Louis Portugais, n’avait pas vu d’un très bon œil la parution de la biographie Gaston Miron — La vie d’un homme. Le titre était publié aux éditions du Boréal en 2011, et les poursuites furent engagées près d’un an plus tard. Cependant, le procès ne put débuter que quatre ans après, avec une présentation au tribunal de Montréal le 11 avril. 

 

Selon la plainte d’Alain Horic, qui réclamait 500.000 $ pour diffamation – 400.000 pour préjudice personnel et 100.000 de dommages-intérêts –, le travail de Pierre Nepveu portait atteinte à sa réputation. Il se voyait présenté de façon « extrêmement défavorable » dans la biographie. La réponse de l’auteur fut simple : l’attaque portée visait à « bâillonner les visions divergentes de la sienne quant à l’histoire ». Et il ne s’agissait là que d’une tentative pour museler la liberté d’expression. 

 

Voici ce que l’on pouvait y lire : 

 

« Horic est non seulement un administrateur de carrière, mais il dispose de ressources financières très largement supérieures à celles de Miron, grâce à son salaire de cadre et à des investissements judicieux dans le domaine immobilier. Jusqu’au début des années 1980, Miron pourra profiter d’un compte bancaire, à la Caisse populaire Saint-Louis-de-France, alimenté par Horic, sur lequel il pourra effectuer des retraits et tirer des chèques pour ses dépenses courantes [...] Mais la générosité de Horic ne va pas sans une contrepartie, dont la teneur se révélera plus tard. »

 

En somme, Alain Horic aurait été dépeint comme un profiteur. « C’est un peu surréaliste, tout cela. Je ne comprends toujours pas l’objet de cette poursuite. Notre équipe a jugé que le travail de l’auteur était bien fait et que rien n’était indélicat », estimait pour sa part Pascal Assathiany, cité par La presse

 

Situation d’autant plus délicate que la maison avait également été attaquée pour une biographie sur le cinéaste québécois Claude Jutra, en février 2016.

 

Débouté, mais une possible procédure en appel

 

Pour ce qui est de l’affaire Miron, les Editions du Boréal peuvent en tout cas souffler : le tribunal a estimé que la plainte n’était pas recevable, et la juge, Chantal Chatelain, a rejeté la demande. Selon lui l’auteur et l’éditeur « n’ont commis aucune faute civile donnant ouverture au recours en diffamation ». Alain Horic, qui soulignait que son rôle dans l’histoire de la maison Editions de l’Hexagone avait été occulté se voit donc débouté, dans les grandes lignes. 

 

« Le Tribunal est d’avis que l’interprétation historique que propose Pierre Nepveu de la vie de Gaston Miron ne contient aucun propos diffamatoire à l’égard d’Alain Horic », annonce l’éditeur, citant le jugement.

 

Mais ce dernier n’entend pas en rester là : comme il le laisse entendre, il pourrait faire appel, ayant cru jusqu’au bout qu’il obtiendrait pleinement gain de cause. « Je pense que ça n’en restera pas là », assure-t-il. 

 

Le directeur des Éditions du Boréal ne peut, lui, que se réjouir : « Je ne vous cache pas que ç’a été une période très tendue. Mais voilà, notre rigueur a été reconnue. [...] La juge a fait un travail extraordinaire. Pour quelqu’un qui ne connaissait pas, au départ, le monde littéraire, elle est arrivée avec une compréhension d’une grande clarté », assure-t-il à La presse.

 

Dans un communiqué, la maison se montre plus concise : « Les Éditions du Boréal se réjouissent de ce jugement qui souligne la rigueur et le sérieux du travail de Pierre Nepveu. »