Québec : la question du juste prix du livre divise

Julien Helmlinger - 20.08.2013

Edition - International - Prix unique - Régulation - Marché du livre


Plus de dix ans après les préconisations du rapport Larose en faveur d'un prix unique du livre au Québec, le débat reste vif. Au second jour de la commission parlementaire étudiant l'éventualité de cette instauration, on déballe les arguments dans le camp des défenseurs du projet comme dans celui de ses détracteurs. Si l'on ne peut ignorer les tenants d'une pareille mesure, à savoir protéger la diversité de la chaîne du livre et l'accès à la culture, les spéculations quant à ses possibles aboutissants ne sont pas tout à fait au diapason. 

 

 

Librairie à Québec

emmaatlarge, (CC BY_NC_ND 2.0)

 

 

Tandis qu'une vingtaine de librairies indépendantes ont fermé leurs portes au Québec au cours de la dernière décennie, l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a rappelé cette semaine que d'autres enseignes éprouvaient des difficultés financières à l'heure actuelle. La triste liste risquerait donc de s'allonger dans les années à venir. Les ventes des éditeurs locaux diminuent, avec des livres étrangers représentant 70 % du chiffre d'affaires de l'ensemble du réseau, l'offre dépasse largement la demande, et le marché serait devenu à hauts risques.

 

Actuellement, les grands détaillants comme Costco et Walmart ont mis la main sur 11 % du marché du livre. Comptant essentiellement de la nouveauté et des best-sellers à leur catalogue, limitant par là les investissements risqués, ces géants sont parfois en mesure de pratiquer un rabais important, parfois jusqu'à 30 %, que ne peuvent se permettre les indépendants.

 

La proposition de loi viserait à contrôler le prix des nouveautés pendant une durée limitée de neuf mois. La tarification serait fixée par l'éditeur ou l'importateur, et s'appliquerait non seulement au prix en magasin, mais également à celui en ligne. Permettant aux vendeurs d'offrir des remises maximales à hauteur de 10 % du tarif fixé. Une mesure qui nécessiterait de changer la Loi sur le livre, adoptée en 1981.

 

 

« Une telle politique se traduira par une augmentation du prix du livre et ne ramènera pas les clients des grandes surfaces dans les librairies, bien au contraire. »

Jacques Fortin, président des éditions Québec Amérique 

 

 

Au sein du monde du livre québécois, une grande majorité d'acteurs semble favorable à l'instauration du prix unique. Mais tel n'est pas le cas des plus libéraux, comme le réseau de librairies Renaud-Bray, l'Institut économique de Montréal, ou encore Jacques Fortin, président des éditions Québec Amérique, qui s'y opposent vivement.

 

Pour ce dernier, une telle mesure serait « inutile et nuisible », et viserait à favoriser les grands détaillants. Dans un contexte économique nord-américain, l'observateur imagine que cette politique se traduirait par une augmentation du prix du livre, et ce, sans ramener les clients des grandes surfaces dans les librairies. 

 

Selon lui, bien au contraire, la régulation proposée permettrait aux grandes surfaces de faire davantage d'argent, d'optimiser leur offre et ainsi concurrencer encore plus durement les indépendants. Il estime que l'application d'une telle loi serait non moins que « chaotique », et impuissante à assujettir le géant  Amazon.

 

L'analyse de Jacques Fortin suggère que le métier de libraire ne peut échapper aux mutations du marché. Il préconise plutôt de trouver d'autres approches adaptées à l'ère du numérique et d'Internet. Pour lui, le modèle traditionnel serait condamné et s'épuiser à vouloir le sauver se révélerait à terme inutile. La meilleure garantie pour assurer l'accès aux livres à meilleurs prix, dynamiser le milieu et susciter de nouvelles initiatives commerciales, resterait la libre concurrence.