Québec : la régulation sur le livre profitera-t-elle aux librairies ?

Jean-Jacques Dumonceau - 30.08.2013

Edition - International - québec - prix unique du livre - industrie de l'édition


En ce moment, il est difficile de ne pas avoir entendu parler de ce débat sur le prix unique du livre (à moins d'habiter en pleine forêt, et encore... j'habite en pleine forêt !). Soyons clairs dès le départ, l'idée première est de permettre aux petites librairies de rester concurrentielles face aux grandes surfaces afin d'attirer les clients qui désertent de plus en plus les librairies de quartier.

 

 

DSC_7713 - View of Quebec City

Ville de Québec

archer10 (Dennis), CC BY SA 2.0

 


Sérieusement, est-ce que le fait de proposer les mêmes réductions tarifaires favorisera la venue des clients dans les « petites » librairies plutôt qu'en grande surface ? La réponse est NON.

 

Les clients qui d'habitude n'entrent pas dans une librairie n'y entreront pas plus car le livre... ils l'achèteront toujours en grande surface. Le prix du livre se verra augmenté à la base afin de pouvoir offrir le rabais en question.

 

Les grandes chaînes auront toujours un stock de livres plus important et pourront donc mieux répondre à la demande des clients. Car, entendons-nous bien, ce débat ne concerne que les best-sellers.

Pour tous les autres auteurs qui sortent des livres en quantités plus limitées, cela ne changera ABSOLUMENT rien. 

 

En ce qui me concerne par exemple, lors de la sortie du second tome des aventures de « Philippine Drich », j'ai fait un blitz dans une seule librairie. J'avais amené plusieurs cartons et avec la propriétaire nous avions monté à l'entrée une sorte de pyramide. Et bien, il ne s'est jamais aussi bien vendu que cette fois-là.

 

Le client voit des dizaines d'exemplaires et se dit « Tiens, cela doit être intéressant, car il y en a beaucoup ». Le client achète ce qu'on lui dit d'acheter. C'est idiot, mais c'est comme ça. C'est uniquement de la publicité. Cela n'a rien avoir avec les qualités de l'ouvrage. Est-ce que le fait d'être au  même prix que le nouveau Stephen King ou Amélie Nothomb va changer les choses pour moi ? Bien sûr que non !

 

Les personnes qui achètent dans les grandes chaînes viennent prendre le livre à la mode, le livre du moment, c'est tout. Plusieurs personnes m'ont dit « Je ne t'ai pas trouvé chez Renaud-Bray ou chez Walmart. »


Normal. Je suis dans le réseau des librairies indépendantes du Québec. C'est un choix.

 

Pourquoi ? Parce que j'ai du mal à concevoir que mes livres soient considérés comme des paquets de lessive. Lorsqu'on écrit un livre, on n'y met du cœur, beaucoup de temps et énormément d'énergie. On écrit par goût, par besoin, avec amour.

 

Non, le problème de la baisse des clients dans les librairies de quartier est ailleurs. Dernièrement, je faisais partie du conseil d'administration d'un organisme qui lutte contre l'analphabétisme. Au Québec, 49% des personnes entre 16 et 65 ans ont des problèmes de lecture (cf : Lise Ravary ).


Il faudrait se réveiller, non ?

 

Article proposé par Jean-Jacques Dumonceau