Québec : la vente d'une bibliothèque de Montréal suspendue in extremis

Nicolas Gary - 25.05.2015

Edition - Bibliothèques - bibliothèque Québec - vente gouvernement - Hélène David


Voilà une dizaine de jours, le gouvernement québécois mettait en vente presque par inadvertance, la bibliothèque Saint-Sulpice, située à Montréal, rue Saint-Denis. L'avis était diaboliquement formel pour annoncer la commercialisation d'un terrain « ayant une superficie de 3150 m2, avec bâtisse dessus construite ». Un peu trop nonchalant pour être accepté. 

 

 

Bibliothèque saint sulpice Montréal Hélène David

© Jean-François Rodrigue 2004, ministère de la Culture

 

 

Ce bâtiment historique, classé depuis 1988 avait été réalisé sur commande passée en 1912 par les Sulpiciens, pour y placer un cabinet de lecture. Elle fut la première bibliothèque publique au Québec, ayant ajouté à ses premières collections, le fonds documentaire constitué par le gouvernement en 1941. La page histoire fermée, voici donc que l'annonce du gouvernement Couillard, rapidement remarquée. 

 

« En étant prêt à vendre la Bibliothèque à un promoteur qui s'engagerait uniquement à se conformer aux exigences patrimoniales, le gouvernement Couillard expose la Bibliothèque Saint-Sulpice à une transformation qui ne tiendrait compte ni de son histoire ni de ce qu'elle représente pour le milieu culturel », dénonçait l'Union des écrivains du Québec. Le mouvement de contestation grandit, et dans la presse, les interventions se succèdent pour venir en aide à cet établissement. 

 

Dans les rangs de l'opposition, plusieurs députés, comme la porte-parole Véronique Hivon, déplorent la méthode de la ministre Hélène David qui « s'est servie des petites annonces pour liquider un pan de notre histoire culturelle ; il n'y a eu ni annonce, ni communiqué, ni explications ». 

 

Les services ministériels indiquaient pourtant avoir entrepris les démarches nécessaires pour trouver « une nouvelle vocation et un nouvel occupant à l'édifice, qui est vacant depuis plus de dix ans », mais en vain. De là à s'en débarrasser, alors que la protection de la Loi sur le patrimoine culturel s'exerce pleinement, la pilule devenait difficile à digérer. (via TVA nouvelles)

 

Ancienne présidente de Bibliothèques et Archives Canada, Lise Bissonnette s'indignait : « Ce n'est pas seulement un immeuble, c'est une institution. Une institution qui porte l'histoire culturelle du Québec, qui porte l'histoire de sa littérature. » Et on ne balaye pas la vocation historique des lieux d'un simple appel d'offres. « Elle a aussi joué un important rôle dans l'affirmation nationale du Québec, au moment où le premier ministre de la Culture, Georges-Émile Lapalme, jetait les bases d'une Bibliothèque nationale dans les années 60. » (via La Presse)

 

Un "joyau de notre patrimoine culturel"

 

Dans un communiqué, la ministre assaillie a fini par réagir : on ne pouvait laisser partir cette bibliothèque et vendre le terrain avec le bâtiment pour des raisons financières. D'abord, un comité de travail établi entre la ville de Montréal et le ministère sera mis en place, pour « analyser les opportunités permettant de faire revivre la bibliothèque Saint-Sulpice et d'assurer sa pérennité ». Et durant cette période, le processus de mise en vente sera donc suspendu. 

 

La ministre par d'une « main tendue » par le maire de Montréal, Denis Coderre, et assure : « En tout temps, la revitalisation ainsi que la pérennisation de ce prestigieux établissement ont été au cœur des préoccupations du gouvernement en matière de préservation du patrimoine. » Toutes les possibilités seront prises en compte pour préserver « l'avenir de ce joyau de notre patrimoine culturel ». Épatant comme la bibliothèque est finalement passée de bâtisse sur un terrain à objet de vénération...

 

L'un des problèmes est que depuis 2007, près de 3 millions $ CA ont été injectés dans les lieux, financés par le ministère et que l'entretien et le chauffage (nous sommes au Québec, il ne faut pas le négliger) coûtent annuellement 400.000 $ CA. Une piste avait pourtant vu le jour : avec des travaux de mise aux normes sont évalués à 17 millions $ CA et des frais d'exploitation de 1 million $ CA qui s'ajoutaient à l'ensemble, on a rapidement écarté l'idée.

 

Le ministère des Transports, qui intervient comme agent d'immeuble et notaire se voit interdit de vendre par le ministère de la Culture – lequel dispose d'un droit à refuser les offres présentées. (via Radio Canada)

 

Pour l'instant, le temps de la vente est suspendu, et l'on attend les heures propices pour trouver comment faire revivre les lieux...