Québec : les élections provinciales débordent sur l'industrie du livre

Nicolas Gary - 06.04.2014

Edition - International - Québec - législation - Parti libéral


L'affaire est assez courante : les politiques agitent durant quelque temps un fait culturel, et s'en désintéressent dès lors que les professionnels ont le dos tourné. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été interpellés durant la campagne électorale québécoise - bien que tardivement. Mais la culture n'aura pas vraiment compté parmi les sujets majeurs évoqués dans les discours réalisés par les partis en présence.

 

 


L'avenir sans régulation, dans un centre commercial ?

via Facebook, Sauvons les livres

 

 

L'Union des écrivains et écrivains québécois, UNEQ, avait pourtant demandé aux partis politiques « de s'engager à poursuivre la démarche d'accompagnement amorcée par le ministère de la Culture et des Communications en vue d'arriver à un consensus entre écrivains et éditeurs au sujet des pratiques contractuelles, la Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d'art et de la littérature étant inopérante à ce chapitre depuis vingt ans ». Mais rien n'y aura fait. Alors que les résultats de l'élection sont attendus pour demain, les médias attiraient l'attention... sur le désintérêt politique, qui préférait mettre l'économie et la question identitaire au coeur des débats. 

 

Pourtant, « protéger l'identité et la culture québécoises », comptait comme les deux grands axes de la politique du ministre de la Culture, Maka Kotto. En plein Salon du livre de Montréal, il s'était enfin positionné sur la question du prix unique du livre : « L'encadrement du prix des livres neufs imprimés et numériques permettra de consolider le réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions», promettait-il.

 

À ceci près que le projet de loi qui devait être déposé est toujours attendu, et que le Parti québécois et le Parti libéral se mènent une guerre pour les élections générales. Celles-ci permettent de procéder à l'élection, au minimum tous les cinq ans, des 125 députés de l'Assemblée nationale, et ce, à l'initiative du premier ministre du Québec - en l'état, Pauline Marois -, qui a demandé au lieutenant gouverneur de les déclencher. Cette élection intervient suite à la dissolution de l'Assemblée, le 5 mars dernier. 

 

Or, si le rendez-vous pour les urnes se déroulera ce 7 avril, le Parti libéral, qui est opposé à cette législation, est donné gagnant. Christine Saint-Pierre, représentante du parti libéral du Québec, déclarait au plus fort des débats que son groupe ne défendrait pas le projet, considérant qu'il impacterait le pouvoir d'achat des consommateurs. « Le ministre a annoncé du vent. […] Autant les libraires que les consommateurs ne sortent pas gagnants de la proposition du ministre. Il n'y a pas d'études sérieuses qui disent que c'est la solution. La preuve, c'est que le ministre parle d'une période d'essai de 36 mois », lançait-elle.

 

Dans les derniers résultats des sondages, ce 5 avril, les Libéraux étaient toujours en tête des sondages, et la CAQ prenait également la majorité à Québec.  

 

 

Aux côtés du Parti libéral, la Coalition Avenir Québec, regrettait également que n'aboutisse une pareille législation, et de déplorer : « C'est encore la même famille, étouffée, égorgée par les taxes, qui va payer plus cher ses livres. Et rien ne nous garantit qu'il y aura une augmentation du lectorat. »

 

Contacté par ActuaLitté, à l'époque, le ministre québécois avait assuré « Si mon ministère avait été le seul impliqué, ce problème serait réglé depuis longtemps. » Le projet de loi était pourtant simple : une fixation du prix de vente durant les neuf premiers mois, avec l'autorisation d'un rabais de 10 %, le tout durant une période d'observation de 36 mois, au terme de laquelle on réviserait ou maintiendrait la législation. 

 

Élodie Comtois, porte-parole du mouvement Sauvons les livres, qui avait particulièrement milité en faveur de ce prix unique, insistait : « Le prix réglementé vise à éviter que les géants américains du commerce de détail en ligne écrasent le réseau québécois de librairies par une guerre de prix sur les nouveautés comme ce fut le cas en Angleterre et aux États-Unis. C'est l'absence de réglementation qui nuit au consommateur, qui subira une hausse des prix quand les plus gros joueurs auront pris toute la place, écrasant au passage les librairies, les éditeurs et les auteurs. Cette loi, qui ne coûtera rien à l'État, doit transcender les lignes partisanes. » 

 

Le Conseil québécois du théâtre, dans le cadre de la campagne électorale provinciale 2014, propose cette vidéo, « Si j'étais ministre de la Culture.»

 

 

Comme il se doit, le projet de loi a été gelé du fait des élections qui approchaient, et l'on se retrouve alors avec les Péquistes (Parti québécois) qui soutiennent le projet, contre les Libéraux et les Caquistes (Coalition Avenir Québec). Le quatrième acteur, Québec solidaire, a toujours apporté son soutien, mais pourrait ne pas peser suffisamment dans la balance. 

 

Dans les derniers résultats des sondages, ce 5 avril, rapporte La Presse, les Libéraux étaient toujours en tête des sondages, et la CAQ prenait également la majorité à Québec. Une remontée dans les sondages qui ne laisse pas d'inquiéter, évidemment. Le Parti libéral remporterait 39 % des voix, contre 29 %pour le Parti québécois, et 23 % pour Coalition Avenir Québec et 9 % pour Québec solidaire. 

 

En l'état, le Parti Québecois qui est au pouvoir serait tout simplement remplacé, et nul doute que le projet de régulation du livre, avec les Libéraux au pouvoir ne manquerait pas de disparaître. Ironie, puisque durant neuf années les Libéraux avaient dirigé le pays, avant d'être remplacés par les indépendantistes du Parti Québecois - lequel n'aurait alors pas vraiment eu trop de temps pour s'exprimer. 

 

Réponse au sortir des urnes, dès demain. Dans le même temps, une pétition est toujours en ligne, pour réclamer une entente des partis sur cette question. « J'appuie le prix réglementé du livre parce que c'est le meilleur moyen de maintenir un grand choix de livres et d'éviter une hausse généralisée du prix des livres. »