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Québec : les lecteurs de retour en librairie “pour donner une signification supplémentaire”

Nicolas Gary - 03.02.2017

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« Pour de bonnes histoires, passez voir votre libraire. » Le message est simple, sans fioritures : la librairie, c’est le lieu du livre. Et pour soutenir la librairie indépendante au Québec, une grande campagne a été déployée à l’automne 2016, suivant une initiative déjà lancée l’année passée.

 

 

 

Avec le soutien du ministère de la Culture et des Comunications du Québec, l’Association des Libraires du Québec invite chacun à « découvrir les œuvres des auteurs québécois et à visiter les librairies agréées ». Si l’opération concerne les lieux du livre, elle vise avant tout à promouvoir la lecture. 

 

Le site internet, J’aime les livres, réunit différentes informations pour faciliter le retour en librairie : une solution de géolocalisation, accompagnée de témoignages de libraires, et tout le dispositif pour que, sur les réseaux, le message circule.

 

Derrière la communication, on retrouve le Plan d’action sur le livre, que porte le ministre Luc Fortin. Initié en 2015, ce dernier « confirme la valeur, pour notre culture, du livre et de ceux qui le créent, l’éditent et le diffusent », assure-t-il.

 

Et d’ajouter : « Le livre est un bien culturel avec une forte valeur identitaire et il importe d’assurer sa pleine diffusion et son accessibilité. Cela est d’autant plus important que la lecture, comme pratique éducative ou culturelle, et l’accès aux livres sont des conditions de réussite et de réalisation personnelle et collective pour les citoyens québécois. »

 

Quant au Plan pour le livre, il s’est donné pour mission de consolider les librairies agréées – près de 200 établissements sur le territoire québécois. Un investissement de 12,7 millions $ CA sur deux années, associé à un crédit d’impôt de 10 millions $ CA annuel, complète les douze mesures établies. Favoriser l’accès au livre et mettre en valeur l’édition québécoise et optimiser la performance des librairies agréées au Québec, restent les principaux objectifs.

 

 

 

« Que le gouvernement ait réussi à convaincre Louis-José Houde de jouer dans cette publicité était un beau coup, parce que c’est vraiment l’un des humoristes les plus populaires », indique Katherine Fafard, directrice de l’Association des Libraires du Québec. D’ailleurs, pour une campagne gouvernementale, on savoure qu’elle ne soit pas très conventionnelle.

 

Revenir à l'achat local, et donner du sens

 

Bien entendu, « il est toujours difficile de savoir ce qui a fait franchir les portes de la librairie – si cette publicité a eu de l’effet. Mais beaucoup de nos membres nous rapportent que les clients leur en parlent ». Ce ne sont pas les 2650 vues sur YouTube qui ont changé la donne, certes, mais le constat est réel : « Depuis près de deux ans, nous assistons à un retour à l’achat local : les lecteurs éprouvent le besoin de donner une signification supplémentaire, en se rendant chez un libraire indépendant, ancré dans la communauté. »

 

Les chiffres sont frappants : sur les 10 premiers mois de 2016, bien que le chiffre d’affaires recule de 1 % au global, les libraires voient leurs revenus augmenter. Elles affichent même + 5,5 % quand les chaînes ou les grandes surfaces accusent des reculs de - 2,7 à, 12,8 %.

 

« Cela s’explique par les nouvelles politiques du livre de géants comme Costco ou Wallmart. Ils vendent principalement des best-sellers, mais leur modèle évolue. Et puis, on sent maintenant les effets positifs du 12 août [journée dédiée à l’achat d’un livre québécois, NdR] : les lecteurs entrent en librairie, où ils peuvent profiter des conseils précis », relève Katherine Fafard.

 

Bien entendu, la concentration qu’a subi le marché joue également : « En rachetant les boutiques Archambaud, Renaud-Bray dispose de 44 succursales : nos deux gros sont devenus un seul gros. Et en même temps, c’est un argument de plus pour se rendre chez un indépendant : les lecteurs ne veulent plus cautionner ces acteurs. »

 

Quant à cette campagne de promotion nationale, elle s’inscrit dans le prolongement de tous les efforts fournis. « Il fallait que le gouvernement prenne publiquement position. Quand Hélène David, la précédente ministre de la Culture, a lancé le plan de soutien, en pleine période d’austérité pour le Québec, c’était un message fort : la librairie indépendante revenait au cœur des préoccupations. »

 

Librairie indépendante au Québec, “l'ambiance est pas mal plus optimiste” 

 

 

De son côté, l’ALQ amorce sa 9e Rencontre interprofessionnelle du livre, ce 1er mars. Au coeur des débats, Voir et faire voir le livre en 2017, avec des approches concrètes : Quels outils pour faire voir le livre aujourd’hui, ou comment mettre le numérique au service d’une visibilité physique des livres ? Quelles sont les consommateurs et leurs modes de fonctinnement. Sera notamment présent Jean-Luc Treutenaere, Co-président de l’European and International Booksellers Federation.

 

« Nous devons fournir des efforts constants, et espérer qu'ils portent leur fruit », conclut Katherine Fafard.