Québec : rappeler, toujours, l'importance des bibliothèques, “bien collectif”

Julien Helmlinger - 20.10.2016

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Ce mercredi19 octobre, à l’Assemblée nationale du Québec, le ministre de la Culture Luc Fortin a déposé la Déclaration des bibliothèques québécoises. Rédigée par leur Table permanente de concertation, elle doit asseoir la reconnaissance de ses valeurs. « C’est un symbole fort qui appuie le rôle fondamental » des bibs, indique Christiane Barbe, présidente de la Table.

 

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CC by SA 2.0 par Jeshua.nace

 

 

La Déclaration présente les bibliothèques comme un « bien collectif » impliquant un « investissement social ». Elle dresse l’inventaire de ses axes d’intervention, souligne l’importance des efforts facilitant l’accessibilité. Accessibilité qui « découle des activités d’organisation, de traitement et de structuration de l’information qui sont propres à l’expertise technique et professionnelle du personnel qualifié ».

 

Christiane Barbe est également présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Elle précise que c’est « aussi un message à ses collègues décideurs comme au grand public. C’est ultimement l’engouement collectif pour les bibliothèques que nous souhaitons créer qui confirmera ce qu’elles sont : de formidables leviers de richesse culturelle, sociale et économique. »

 

Pour Stéphane Legault, président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (APBQ), il « s’agit là d’un premier pas vers une reconnaissance officielle » de leur mission. Il évoque pour sa part l’espoir que cette Déclaration « servira de moteur pour la reconnaissance pleine et entière des missions des bibliothèques publiques par les municipalités ».


Le bibliothécaire est nécessaire. Chacun son métier ?

 
L’Enquête annuelle des bibliothèques du Québec révèle qu’en 2014, chez les responsables des institutions autonomes, on trouvait seulement 42 % de bibliothécaires de formation, 29 % de techniciens en documentation. Par opposition, 29 % ne possédaient pas de qualification « pertinente », mais une formation en d’autres domaines, secrétariat, éducation physique, voire aménagement intérieur ou musicologie.

 

Certains établissements ont récemment supprimé leurs postes de bibliothécaires. « Il ne viendrait jamais à l’esprit d’une municipalité de confier le service de trésorerie à quelqu’un d’autre qu’un comptable ; pourquoi est-ce que, dans plus de la moitié des cas, on confie une biblio à quelqu’un d’autre qu’un bibliothécaire ? » demande madame Lagacé, directrice générale de l’ABPQ.

 

Un mal de diversifier les profils d’employés ? Pas forcément. Mais l’idée serait plutôt de défendre l’idée d’une « corrélation évidente entre la performance d’une bibliothèque et la présence d’un bibliothécaire », estime-t-elle. Pour Fannie Tremblay, directrice générale de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ), cette non-reconnaissance, ou dévalorisation du rôle, pourrait découler de cette image faussée qui colle au bibliothécaire : celle d’une personne qui se contente de remettre les bouquins en rayonnage en tançant les trublions de ses « chut ! »...

 

Déclaration des bibliothèques québécoises  


 

« Il y a beaucoup de confusion entre le commis, le technicien en documentation et le bibliothécaire. Ce dernier est souvent en arrière dans son bureau, spécialisé en gestion de personnel, de collections, et d’opérations. C’est un caméléon qui s’adapte à la clientèle, qui développe des spécialités pour bien répondre à ses attentes », explique-t-elle. Il doit avoir une vue d’ensemble et une compréhension des besoins à divers niveaux : usagers, employés, collections et autres instances municipales.
 
Le professeur de bibliothéconomie à l’Université de Montréal, Réjean Savard, en conclut que « le bibliothécaire est l’intermédiaire entre l’information et le public ». En outre il est également « un gestionnaire. Son métier est à plusieurs facettes : gestion, animation, médiation, traitement de l’info ; c’est peut-être ce qui explique pourquoi les gens ont du mal à saisir ce que c’est ».

 

(via LeDevoir)