Québec tourné vers Francfort 2020, “ne pas disparaître dans le Canada”

Nicolas Gary - 15.11.2017

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De Montréal – Si le Salon du livre vient d’ouvrir ses portes, les organisations professionnelles qui sortent à peine de la Foire du livre de Francfort 2017 songent déjà… à l’édition 2020. Cette année-là, le Canada tout entier sera invité d’honneur. Et pour les acteurs du livre du Québec, il faut déjà travailler pour préparer les échanges avec l’industrie en Allemagne.


salon du livre de montréal affiche
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Fini, le hiatus de 2019, et la mise en concurrence avec la Norvège, et le refus opposé pour 2017, où finalement la France avait pris la place, l’édition 2020 sera la bonne. « L’enjeu pour nous est que l’édition québécoise ne disparaisse pas, comme dissolue dans la représentativité du Canada », assure Simon de Jocas, président de Québec Edition, le comité émanant de l’ANEL, Association nationale des éditeurs de livres.

 

Pour ce faire, et s’assurer d’exister véritablement, Québec Édition envisage plusieurs événements « pour accroître la sensibilité des éditeurs allemands, et rappeler que le Canada et le Québec sont un même territoire ». 

 

Une première étape est d’ores et déjà marquée avec les Rendez-vous du Salon du livre de Montréal, où une dizaine d’éditeurs internationaux est invitée. Ils viennent d’Argentine, d’Espagne, de Finlande ou d’Italie, mais sur les 14 conviés, cinq sont allemands. « C’est l’occasion pour nous de tisser des liens, mais également de faire passer des messages importants », poursuit Simon de Jocas.

 

Sur le principe du fellowship, Québec Edition a également convié des libraires francophones à rencontrer des maisons québécoises, « à la condition qu’elles soient distribuées et commercialisées en Europe ».

 

Dix libraires francophones invités à découvrir les éditeurs du Québec

 

Ce n’est pas parce que l’on parle de livres que l’on s’empêche de parler de commerce : « Quand un éditeur français demande par exemple à acheter les droits mondiaux pour un livre, encore faut-il qu’il puisse garantir une bonne représentativité de cette œuvre sur le territoire québécois », explique-t-il.

Également patron des éditions 400 Coups, l’éditeur souligne avec malice « qu’il suffit de demander les parts de ventes réalisées à un éditeur français au Québec, pour comprendre où se trouve l’intérêt ».

 

D’ailleurs, une maison allemande gagnerait en efficacité à signer deux cessions de droits — l’une pour la France, l’autre pour le Québec, pour augmenter sa portée. « C’est une question de présence, bien entendu : un éditeur québécois est en mesure de réaliser une meilleure mise en place qu’une maison française. »

 

Mais ces échanges doivent également s’opérer dans une certaine réciprocité. En 2016, le Premier ministre Philippe Couillard avait effectué un déplacement en Allemagne, et plus spécifiquement à Munich, avec une délégation de 60 personnes… parmi lesquelles se trouvaient quelques éditeurs. Cette mission estivale en Europe avait permis d’établir de premiers contacts.
 

« Je savais le marché allemand important, mais ce voyage m’a permis d’en mesurer encore plus le potentiel : 3 000 maisons d’édition, 75 000 nouveautés par année, dont 9 400 traductions, principalement de l’anglais, du français et du japonais… il y a certainement de la place pour nos livres », relevait alors Sandra Gonthier, directrice des droits aux Éditions du Boréal, de retour de ce périple. 
 

Un bond international pour les livres du Canada invités à Francfort en 2020
 

Le secteur du livre en Allemagne est de 9,2 milliards d’euros par année, et en moyenne, un Allemand dépense plus de 120 € annuellement pour des livres. Surtout, sujet sensible et épineux au Québec, l’Allemagne dispose d’un prix unique depuis 1988 — huit ans après celui instauré en France.

La piste reste donc à approfondir « parce qu’elle nous offre l’opportunité de faire comprendre ce qu’est l’édition au Québec. Et cette compréhension est très importante » pointe Simon de Jocas.

 

Mais surtout, nous indique-t-on, « ne pas oublier que Francfort est une foire du livre ». Or, la SODEC, Société de développement des entreprises culturelles pour le Québec envisage bien de profiter de l’occasion pour qu’autour du Pavillon de l’invité d’honneur, puissent rayonner d’autres industries — cinéma, théâtre, etc.

 

« Cette diversification est bienvenue, et nous sommes heureux que la SODEC souhaite ainsi associer d’autres arts, mais il faut garder à l’esprit que Francfort, c’est le livre, et que ce dernier doit mobiliser les réflexions. »


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