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Québec : un éditeur accusé de multiples agressions sexuelles

Nicolas Gary - 21.10.2017

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Il ne faisait aucun doute qu’après l’apparition des hashtags #balancetonporc et #metoo ou #moiaussi sur les réseaux sociaux, des accusations publiques et formelles seraient lancées. Les premiers témoignages venant de femmes accusant des hommes d’agression sexuelle apparaissent, et l’édition n’est en rien épargnée. Et cela risque de ne pas s’arrêter.


Street art rue d'Aubervilliers, Paris - Le harcèlement n'est pas flatteur, c'est un manque de respect
Jeanne Menjoulet, CC BY 2.0

 

 

En France, Ariane Fornia a récemment mis en cause le comportement de l’ancien ministre Pierre Joxe. Au Québec, c’est plus directement l’éditeur Michel Brûlé qui vient de faire l’objet d’une plainte criminelle déposée ce 20 octobre. Jill Côté, s’inscrivant de son propre aveu dans la suite des révélations de l’affaire Weinstein, a choisi de parler.

 

Or, cette plainte survient alors que sept anciennes employées, certaines sous couvert d’anonymat, ont également décidé de mettre en accusation leur ex-employeur. La chose ne manquera pas d’ironie, la maison s’appelle les Éditions des Intouchables… 

 

Des séances de frenchages...


Seule Sara-Emmanuelle Duchesne, employée alors âgée de 27 ans au moment des faits, a raconté son histoire à visage découvert. « Il était plus grand que moi, et il se penchait. Je répétais : “Non, non, voyons, qu’est-ce que tu fais ?” en bougeant la tête. Lui, il suivait mes mouvements pour essayer de m’embrasser. Et il riait », explique cette femme, onze ans plus tard.

 

Une autre évoque, durant son passage dans l’entreprise entre 2005 et 2007, des séances de frenchages — embrasser à la française, avec la langue. Une autre raconte qu’elle a été reçue à plusieurs reprises dans le bureau de l’éditeur, alors qu’il était en sous-vêtements. Les témoignages font état de remarques sur leur poitrine, ou de contacts divers, baisers ou massages.

 

 

 

Décidée à ne pas laisser l’homme s’en sortir de la sorte, Mme Duchesne a pour sa part décidé de ne pas recourir à l’anonymat. « Je me suis dit : "Non, ça ne se passera pas comme ça pour Michel Brûlé. Il y aura au moins une personne qui donnera son nom, et ce sera moi". [...] J’ai aussi cette liberté d’agir que d’autres n’ont peut-être pas. »

 

Des faits déformés ?
 

L’intéressé lui dénonce une campagne de diffamation, partant de personnes qui souhaitent le déstabiliser. En effet, « si je n’avais pas été candidat à la mairie du Plateau-Mont-Royal, est-ce que cette histoire-là aurait fait surface ? […] Moi j’ai l’impression d’avoir été victime d’une machination », assure-t-il. 

 

Et de poursuivre : « On se base sur des allégations pour détruire une réputation et une carrière politique aussi par le fait même. Moi, je trouve ça complètement disproportionné. C’est des faits qui sont complètement déformés et montés en épingle. Je suis abasourdi. » 

S’estimant victime d’un coup monté, en pleine campagne électorale, Michel Brulé compte porter plainte contre les différents journaux québécois qui ont sorti ces informations. Il aurait cependant confirmé une partie des informations, avant de les nier. Dans un entretien radio à 106,9, il réfute pourtant avoir jamais tenté d'embrasser quiconque de force.

 

Une autre, qui travaille encore dans l’édition, affirme cependant : « Il m’avait dit de passer chez lui pour lui faire signer des chèques. Quand je suis arrivée, il était dans sa cuisine et vidait son lave-vaisselle, complètement nu. J’ai laissé les papiers sur le comptoir et je suis partie. Lui, il riait. »

 

Harcèlement, agression...
Dans l’édition aussi, #BalanceTonPorc

 

Quant à l’auteure Jill Côté, elle assure avoir été victime d’attouchements à l’occasion d’un dîner qui devait être professionnel — l’éditeur l’aurait invitée pour parler de la parution d’un prochain ouvrage, en 2014. Venue avec des manuscrits, elle se rend compte que l’adresse qu’on lui a indiquée ressemble plus à un domicile qu’à des locaux professionnels. 

 

« Il a commencé à essayer de m’embrasser, il mettait sa main sur mes seins, sur mon pubis, il me caressait partout... J’ai réussi à me dégager par le côté, j’ai pris l’escalier [et j’ai voulu sortir], mais c’était l’hiver, et il ne voulait pas me donner mon manteau, il se trouvait entre la porte et moi », raconte-t-elle. 

 

De nouveaux récits sont venus confirmer le comportement pour le moins étonnant de l’éditeur. Anne Mill, qui a travaillé pour Les Intouchables voilà 10 ans, explique : « Je suis allée dans l’armoire des fournitures de bureau pour chercher un crayon et je suis tombée sur des photos de lui éparpillées sur les tablettes [...] nu avec des femmes en train de lui faire une fellation. C’était inapproprié d’avoir ça sur le milieu de travail. »

 

Et Yannick Lacoste, qui a travaillé au début des années 2000 se souvient : « Je l’ai vu dans sa maison d’édition virer toutes les éditrices qui étaient là. La raison qu’il évoquait est qu’elles étaient compliquées et faisaient des histoires quand il avait certains comportements. Il en a gardé juste une et il m’a dit que c’était pour deux raisons : elle a des grosses boules et quand je lui fais des remarques là-dessus, elle ne dit rien. »




via TVA nouvelles, Radio Canada, Journal de Montréal