Queen B, amatrice de poésie : Beyoncé déclame les textes de Warsan Shire

Antoine Oury - 24.04.2016

Edition - Société - Beyoncé Warsan Shire - Beyoncé poésie - Beyoncé Lemonade poète


Quand Beyoncé sort un nouvel album, le monde s'arrête, avant de repartir de plus belle pour s'agiter sur ses sons. Pour Lemonade, Queen B a voulu frapper un grand coup, encore, avec 12 titres doublés d'une vidéo-documentaire d'une heure diffusée sur HBO pour annoncer son album. Au sein de cet « album visuel », on découvre les mots de la poétesse anglo-somalienne Warsan Shire.

 

Warsan Shire (capture d'écran)

 

 

Beyoncé avait déjà montré qu'elle accordait une place particulière à la littérature avec son album éponyme, en 2013 : sur le titre « Flawless », Queen B avait samplé des extraits d'un discours TED de Chimamanda Ngozi Adichie consacré au féminisme contemporain : « Nous apprenons aux femmes à s'écraser, à se rendre plus discrètes. Nous disons aux petites filles : “Vous pouvez avoir de l'ambition, mais pas trop.” »

 

La chanteuse avait prolongé ce discours féministe avec une contribution au rapport Shriver, publié début 2014 aux États-Unis : ce document de plus de 500 pages, dirigé par la journaliste Maria Shriver, démontrait que l'égalité des sexes aux États-Unis était encore loin d'être une réalité.

 

Le documentaire Lemonade, donc, qui accompagnait la sortie de l'album, est découpé en plusieurs parties qui constituent ce « projet concept qui suit le parcours de chaque femme vers sa connaissance intime et sa guérison ». Très imagée, la thématique de l'album propose en effet de suivre une figure féminine — Beyoncé, a priori — confrontée à la possibilité de l'adultère, et sa lutte pour surpasser ce doute et ceux que la société immisce dans l'esprit des femmes. 

 

 

Un titre de l'album sample ainsi un discours de Malcolm X, et ce passage en particulier dans lequel il évoque la condition de la femme noire : « La personne la moins considérée des États-Unis est la femme noire. » Beyoncé n'est pas la seule artiste afro-américaine contemporaine à évoquer la condition toujours difficile des Afro-Américains en Amérique : le rappeur Kendrick Lamar s'est aussi fait remarquer sur ce thème, et il citait, avec son album To Pimp a Butterfly, Harper Lee et Maya Angelou.

 

Beyoncé, elle, a choisi la poétesse Warsan Shire : né en 1988 au Kenya, de parents somaliens, qui partent pour le Royaume-Uni alors qu'elle n'est âgée que d'un an. Elle publie Teaching My Mother How To Give Birth, un « pamphlet poétique », en 2011 chez Flipped eye, suivi par Her Blue Body, en 2015, toujours chez le même éditeur. Si ses poèmes ont été traduits dans plusieurs pays d'Europe, ils restent inédits en France.

 

Dans son documentaire, Beyoncé lit quelques textes signés par Shire, dont « For Women Who Are Difficult To Love » (« Pour ces femmes qu'il est difficile d'aimer ») ou « Grief Has Its Blue Hands In Her Hair », extrait de son second recueil. Apparemment, ces citations se limitent au documentaire : en tout cas, les crédits de l'album Lemonade ne citent pas Warsan Shire.

 

Dans la vidéo ci-dessous, Warsan Shire déclame elle-même « For Women Who Are Difficult To Love » : un poème qui résonnait déjà avec la musique noire des États-Unis, puisque Nina Simone chantait, dans « Do What You Gotta Do », « Man I can understand how it might be/Kinda hard to love a girl like me ». Des paroles reprises par Rihanna dans « Famous » de Kanye West, sorti récemment.