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Quel avenir à l'industrie ? “Le capitalisme n’anticipe rien, il détruit, tout, jusqu’à lui-même”

Clément Solym - 06.05.2020

Edition - Les maisons - éditeur crise sanitaire - filière livre économie - virus capitalisme industrie


Autant la valeur n’attend pas le nombre des années, autant la justesse d’un témoignage n’est pas corrélée au chiffre d’affaires. Fort heureusement. Les éditions Adverse sont apparues en 2015, avec pour prisme la bande dessinée sous toutes ses formes. Alexandre Balcaen, et Jérôme LeGlatin se sont retroussé les manches, et le cerveau, pour réfléchir posément à l’imbrication de la crise sanitaire, dans le commerce du livre.


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Ce texte, Éditer (modestement) dans la tourmente, est diffusé gracieusement – défense de le modifier cependant ! Il « brasse des questions relatives à l’édition et à la chaîne du livre, contextualisée, mais pas exclusivement », nous indiquent ses auteurs. Mais le panorama, lucide, juste, importe moins que le mordant du propos. 

Après tout, en période de crise, on a moins de pudeur et de réserve : la parole devient plus franche. Ce texte le démontre. D’abord, parce que la maison se défie de « l’aumône faustienne des pouvoirs publics ». Et qu’après une vingtaine de pages de ce manifeste, hautement politique, hautement humain, on se rend compte qu’il existe bien deux éditions.

Celle, industrialisée, capable de dire des libraires qu’ils sont le maillon faible – celui-là même que dans une célèbre émission d’abrutissement télévisuel, on excluait ipso facto ? – et une autre, qui a gardé un lien avec les réalités. Lisez plutôt : 
 

L’immédiateté espérée d’une reprise du secteur (quand rien d’humain en nous ne saurait désirer que cela recommence en ces termes) ;
les questions relatives au déplacement des personnes en temps d’urgence sanitaire déclarée ;
les réponses politiques qui vont y être apportées, et imposées, par des pouvoirs (politiques, industriels, financiers) de plus en plus ouvertement violents, liberticides et assassins ;
les conséquences que ces réponses auront pour tous, y compris les préparateurs de commande, transporteurs, coursiers du livre ;
tout ceci reste très loin d’être envisagé raisonnablement, c’est-à-dire à la hauteur du bouleversement en cours. 


Déclaration d’intention ? Non point : les éditions Adverse portent sans orgueil un nom qui évoque la prise de position. Et le document n’en manque pas. « Au vu de l’ensemble de ces éléments, nous pouvons donc, sans grand risque de nous y tromper, prévoir que le nouveau jeu va être exactement le même que d’habitude, mais vécu par chaque « citoyen » de manière encore plus intense, douloureuse et aliénante », écrivent-ils. 

Et imaginer que l’activité reprendra selon des modalités connues, vraisemblablement exacerbées, « celles d’un capitalisme terminal, laisse pour le moins perplexe ».

Tout cela, parce que les différents secteurs repartiront dans une compétition de plus belle, cherchant à reconquérir les parts manquantes. « Ici, en lorgnant sur ce qu’il restera de finance des ménages, là en se voyant gratifié d’aides aussi astronomiques que sélectives, de plans de sauvetage nécessairement inefficaces à moyen terme. »

Éditer (modestement) dans la tourmente, a plusieurs mérites : le premier est celui de la finesse, qui voit la ruine accélérée d’une société « amorcée par le “surgissement” d’un virus en bordure de l’espace-temps capitaliste ». 

L’autre, est de remettre selon l’expression consacrée, l’église au centre du village. Et de démasquer l’imposture marchande sous le vernis de l’urgence culturelle revendiquée. Les distributeurs et les éditeurs redoutent un déstockage massif des librairies, qui aboutirait à un surendettement désastreux. 

Et les nouveautés pourraient ne pas si bien se vendre… « Alors, on ne sait pas. Le capitalisme n’anticipe rien, il détruit, tout, jusqu’à lui-même. » 

Enfin, et s’il ne fallait qu’une raison pour en prendre connaissance, elle tient en ce que l’on qualifierait (à tort) de discours de borgne ces propos. Et fort de ce qu’au royaume des aveugles, le borgne est roi, bla-bla-bla. Or, c’est un regard propre, sans filtre ni louvoiement qui est ici porté, sur rien de moins que le devenir de l’industrie du livre. Le tout sans misérabilisme. Joli.

Rien que cela mériterait un peu de temps de cerveau.


 


Commentaires
Bon, récemment une maison fort fameuse, un peu libraire également donc pas complètement ignorante du sujet, s'inquiétait des maillons faibles. Voilà une maison un peu plus petite qui finalement déclare les "chers amis libraires" maillons inutiles et promeut la vente directe au lecteur.

Parfois, on se dit qu'on n'a pas besoins d'ennemis quand on a des amis comme ça...

Regardons quand même les chiffres, on nous dit à l'âge d'or c'était 500 titres par an, aujourd'hui c'est 5000, et cet éditeur de nous dire que c'est pas bien du tout. Mais bon, sur la base (raisonnable si peu scientifique) d'un album par an, ce qu'il nous dit en fait c'est que c'est 4500 auteurs de trop. Remarquez que ça cadre finement avec leur analyse puisque le paiement des droits d'auteur n'est "pas soumis à l'urgence".

Moi je veux bien que le capitalisme soit en phase "terminale" - quoique à voir le nombre de chinois passés du stade agraire au capitalisme le plus forcené ces quarante dernières années il reste du monde au balcon - mais je crains fort que ce ne soit pas la seule chose...
Ninja, qui que vous soyez, êtes-vous sur que la Chine soit passée au stade du capitalisme le plus forcené ?

Dans quel pays on a confiné et dans le même temps construit d'immenses hôpitaux pour soigner la population ?

Dans quel pays on ne soigne que les habitants qui peuvent payer et pour les autres ils n'ont qu'à boire des désinfectants ménagers comme leur conseille le premier d'entre eux ?

Commencez par vous posez ces questions et vous allez apercevoir, peut-être, que rien n'est aussi évident que votre propos le laisse supposer.

Par exemple : Noam Chomsky; linguiste, philosophe, politologue et militant étasunien vient de répondre à la question :



- Comment se présente la carte du pouvoir en termes géopolitiques après la pandémie ?



Ce qui se passe au niveau international est assez choquant.

Il y a cette chose qu’on appelle l’Union européenne. On entend le mot « union ».

Bon, regardez l’Allemagne, qui gère très bien la crise…

En Italie, la crise est aiguë… Ont-ils reçu de l’aide de l’Allemagne ?

Heureusement, ils reçoivent de l’aide, mais de l’aide d’une « superpuissance » comme Cuba, qui envoie des médecins. Ou de la Chine, qui envoie du matériel et de l’assistance. Mais ils ne reçoivent pas d’aide des pays riches de l’Union européenne.

Cela en dit long…
Le VHEMT c'est l'avenir
Notre seule chance, c'est de freiner à deux pieds à cette injonction paradoxale qu'il faudrait absolument retourner à la croissance fissa sinon écroulement. Le mot écroulement ne s'écroule pas.

Il le faut, refuser, c'est notre chance, elle ne se représentera pas deux fois, alors croisons les bras et refusons de reprendre le travail. On a la main, pour une fois, surtout ne pas la leur rendre, ils nous la couperaient aussi sec !
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