Quel rôle pour l'éditeur à l'heure de la “lecture sociale” ?

Clément Solym - 23.09.2011

Edition - Société - lecture - sociale - reseaux


Voilà quelques mois, nous avions eu le plaisir de relayer un questionnaire, faisant suite à un mémoire de fin d'études de Nicolas Simon, élève à l'université Paris 13 - Villetaneuse. Son sujet, pour un Master 2 en politiques éditoriales, portait sur les questions de réseaux et de lecture : « Le Livre en réseau, Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la “lecture sociale” ? » (sous la direction de Benoît Berthou)

S'il s'agit tout d'abord d'interroger dans le cadre universitaire, le recours actuel aux réseaux sociaux, et plus encore de questionner les habitudes des lecteurs sur le net, son travail dégage plusieurs pistes intéressantes.
De fait, la lecture se transforme en même temps que le livre avec l’émergence des technologies numériques. La « lecture sociale », que nous pourrions définir ici comme l’ensemble des actions par lesquelles les lecteurs partagent et échangent au sujet de leurs lectures sur Internet au point de former une communauté réunie autour de ce centre d’intérêt, est l’une de ces évolutions engendrées par l’essor du Web interactif.

La lecture ne se réduit alors plus uniquement à une activité solitaire, mais s’ouvre sur les autres par le biais de la toile afin de donner lieu à des discussions en temps réel.
L'échange et le partage, au travers du vaste réseau qu'incarne internet, s'articulent sur des communautés, évidemment regroupées dans des espaces de discussions définis. Il ne s'agit plus simplement de forums ancestraux, mais bien de réseaux sociaux du livre.


D'autre part, l'étude aborde la question de l'utilisation marketing qu'il est possible de faire de ces réseaux, pour un éditeur qui souhaiterait communiquer sur ses ouvrages.

En guise de conclusion, plusieurs éléments sont, à notre sens, à retenir :
L’émergence des communautés de lecteurs en ligne, nombreuses et aux caractéristiques diverses, offre donc aux éditeurs de multiples possibilités d’assurer la visibilité de leur marque et de leurs livres au sein de la sphère du Web social, quels qu’en soient la taille et les moyens financiers.

Certes un budget conséquent favorise souvent une plus grande influence, mais Internet présente l’avantage de permettre des actions ciblées et efficaces à moindre prix, voire gratuitement si l’on ne tient pas compte du coût du temps consacré à la mise en place des stratégies.
D'autre part, le mémoire montre que la « lecture sociale » profite non seulement pour les campagnes promotionnelles, mais également et plus largement, « à l'ensemble de la production éditoriale ». Et l'on n'y découvrira sans surprise, par ailleurs, que le recours au net pour partager ses goûts n'implique en rien que le livre numérique soit particulièrement prisé.
Mais plus que l’aspect contraignant, les structures éditoriales doivent saisir l’opportunité que représente la réorganisation du schéma traditionnel de la « chaîne du livre », qui pourrait bien lui-même devenir une « toile du livre ». Car l’édition est, quoi que les plus traditionalistes en disent, un secteur en permanente évolution dont on ne cesse d’annoncer la mort.

Les bénéfices revenant souvent aux pionniers qui ont su prendre des risques, comme l’illustre l’exemple dès le 19e siècle de Hachette et de ses romans de gare, l’essor de nouvelles pratiques de lecture est donc comme nous avons tenté de le démontrer l’occasion d’innover et de proposer des services permettant aux lecteurs d’aller au-delà du texte.

Reste à franchir le pas pour nombre d’éditeurs d’admettre qu’ils ne sont plus forcément ceux qui fournissent le livre seulement, mais qu’ils doivent proposer une expérience de lecture, sans quoi une part de la création livresque risque de leur échapper.
On pourra consulter l'intégralité de son travail, à cette adresse.