Quelle chaîne du livre dans le monde numérique - et où seront les libraires ?

Clément Solym - 19.08.2010

Edition - Société - hachette - apple - accord


Bon sang de bonsoir, mais que se passe-t-il ? Hier, l'affaire éclate : le SLF a pris la mouche, et accuse Hachette Livre de vouloir se passer des libraires, la chose est belle. Oui, mais... Le SLF a expédié un appel à signature à ses membres, dans lequel on reproche d'avoir utilisé pour la promotion de l'iPad et des ebooks qui y sont vendus, des ouvrages « que les librairies ont pourtant largement contribué à lancer et à faire vivre ».  (voir notre actualité)

Et de déplorer que l'accord passé entre Hachette et Apple brise le contrôle de l'éditeur du prix de vente du livre, mais introduise également le risque d'un monopole.

Les pour, les contre

Aliènor Mauvignier de la librairie Ombres Blanches à Toulouse est signataire de cet appel, estimant que le comportement de Hachette Livre est celui d'un « franc tireur », là où les autres maisons tentent de trouver des solutions. « Il n'y a eu aucune concertation », déplore-t-elle et s'accorde avec l'appel du SLF, qui souligne la main-mise d'Apple sur le prix de vente des ebooks.

 

 


Contacté par ActuaLitté, Renny Aupetit, co-directeur de la librairie le Comptoir des mots, déclare qu'il n'est pas signataire de cet appel. Selon lui, cette action qui dénonce Hachette et sa politique de développement de l'offre numérique s'appuie sur un périmètre peu significatif pour les uns comme pour les autres (moins de1 % de l'activité commerciale) et regarde par le petit bout de la lorgnette (le numérique) en passant à côté de l'essentiel (les livres). « Si l'on a des choses à reprocher à Hachette, on pourrait le dire plus ouvertement ; plus précisément et plus largement ».

« Je peux entendre cet avis, nous répond Aliènor Mauvignier. Aujourd'hui, l'ebook représente une quantité négligeable des ventes, mais si le marché est minoritaire, il nous faut malgré tout agir avant que ne se mettent en place des pratiques déloyales. Le livre papier ne va pas mourir avec l'ebook, mais il n'est pas possible de remettre en cause notre métier de la sorte. »

Et d'ajouter : « Il ne faut pas se voiler la face, certains ouvrages se vendront bien mieux avec le téléchargement, mais aujourd'hui, aucun acteur ne veut être mis à l'écart. »

Se débarasser des libraires, une vocation numériques

Un son de cloche qui résonne différemment à la librairie Stanislas La Sorbonne à Nancy. Pour le moment, l'établissement n'a rien signé, considérant que d'un côté comme de l'autre, tout ce que le SLF a avancé en matière de développement et de plateformes « n'a pas abouti sur quelque chose de tangible ». Bien sûr, la vente numérique déstabilise le milieu de la librairie, mais autant parce que l'on ne comprend pas très bien comment cela pourrait s'organiser dans les boutiques.

« Hachette Livre a peut-être dégainé en premier, mais tous sont à mettre dans le même sac : avec le numérique, leur objectif est de squeezer les librairies. En fait, même Gallimard n'est pas clair avec Eden. Ce système sur iPad permet d'acheter des livres numériques chez les libraires qui ont les moyens de mettre en place un ebookstore. La belle affaire... »

Dès lors, la question qui vient à l'esprit pour cette chaîne numérique serait plutôt : est-ce que l'on va respecter une chaîne du livre telle qu'on la connaît avec les petits vendeurs ? « Sur les ouvrages universitaires, nous le voyons déjà : les ventes baissent à cause du numérique. Il est plus simple de faire un copier-coller... »

 

Et pour un petit commerce, l'investissement dans la vente en ligne - même de livres physiques ! - reste trop coûteux. « C'est possible pour des gros établissements et des groupes qui sont assez importants pour mettre cela en vente à perte, alors imaginez ce que cela représente pour les ebooks... »