Quelles limites à la liberté d'expression, ou le cas Mein Kampf

Cécile Mazin - 28.01.2015

Edition - International - Adolf Hitler - Mein Kampf - archive histoire


Un député écossais a décidé d'interroger le gouvernement britannique, et sa position par rapport au livre d'Adolf Hitler, Mein Kampf. La version anglaise compte parmi les meilleures ventes, relève le Guardian, et pour Thomas Docherty, du parti travailliste, l'ouvrage nécessite un débat sérieux. Il demande ainsi au secrétaire d'État à la Culture du Royaume-Uni de prendre ses responsabilités sur cette question. 

 

 

 

Le prix de la démocratie est-il d'accepter la publication de Mein Kampf ? Et comment interdire un pareil ouvrage, sans prendre le risque d'en faire un martyr ? Pour le député, il n'est pas impératif d'interdire strictement le livre, mais de le contextualiser, notamment au niveau politique et historique. Alors que l'on a célébré le 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz et d'autres camps de concentration, Mein Kampf ne pouvait pas passer inaperçu.

 

Thomas Docherty constate bien une « montée de l'antisémitisme, et pas seulement dans le Royaume-Uni, mais dans toute l'Europe. Je pense que c'est un débat que nous devrions avoir, et il y aurait une certaine ironie à nous censurer, dans un débat sur les limites de la liberté d'expression ».

 

Appeler à un dialogue relève évidemment du bon sens, et Sajid Javid, le secrétaire chargé de la Culture ne manquera certainement pas l'invitation. Dans son courrier, le député souligne en effet l'importance des études universitaires et de la recherche, autour de ce livre, par lesquelles « nous nous assurons que notre société comprenne mieux les causes du fascisme, et les origines du nazisme ». 

 

Quelles sont donc les limites de la liberté d'expression, au XXIe siècle, alors ? L'incitation à la haine pourrait être un critère efficace, c'est d'ailleurs celui qui est privilégié dans la législation française, qui interdit de tenir des propos encourageants à la haine à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes. En tant que « Manifeste, littéralement, du nazisme », le député demande donc que l'on prenne les mesures nécessaires.

 

Selon la loi allemande, 70 années étant passées depuis la mort de l'auteur, les droits d'auteur expirent. Ce qui signifie que, à mois qu'une cour de justice allemande n'en décide autrement, n'importe qui pourra légalement publier Mein Kampf à compter du 1er janvier 2016…

  

Dans le but d'anticiper l'éventuelle réimpression d'un éditeur fantaisiste, l'État Bavarois avait ainsi débloqué près de 500.000 € afin d'organiser avec l'aide de l'Institut für Zeitgeschichte (Institut pour l'Histoire Contemporaine), une édition méticuleusement annotée de commentaires historiques. 

 

De nombreux historiens se sont alors replongés dans les années 1920, afin de mieux comprendre les origines de la pensée d'Hitler : pamphlets, livres, et journaux antisémites, tous les types de documents ont été examinés. Un travail d'autant plus difficile que le Führer n'était pas un amateur des notes de bas de page. Il s'agira donc, pour cette première édition universitaire de Mein Kampf de montrer son peu de fondement — et donc les principes faux sur lesquels se base l'idéologie du IIIe Reich.