Quelques conseils rédactionnels signés George R.R Martin

Julien Helmlinger - 14.01.2014

Edition - International - George R.R Martin - Astuces - Ecriture


Le week-end dernier, le romancier d'outre-Atlantique, George R.R Martin, à l'origine notamment de l'épopée du Trône de fer, donnait une conférence sur la scène de l'opéra de Sidney. L'occasion pour lui d'évoquer sa série médiévale fantastique à succès, sans faire l'impasse sur sa déclinaison télévisée désormais culte que produit HBO. A l'attention des scribouilleurs en herbe partageant sa passion de la fantasy, le Tolkien à l'américaine a en outre livré les quelques astuces d'écriture compilées ci-dessous.

 

 

 CC by 2.0 par the_eggwhite

 

 

Le premier des conseils du maître concerne l'imagination, qu'il s'agirait de ne jamais brider. Ayant oeuvré en tant que scénariste, une décennie au service de la télévision, il se souvient de ces scènes qu'on lui demandait de couper pour des raisons budgétaires. Dans l'écriture de roman, le budget n'a plus d'incidence, en conséquence de quoi il serait dommage de se priver de ces ingrédients aussi infilmables qu'épiques, telle que les batailles et autres monstres gigantesques.

 

L'écrivain suggère ensuite de multiplier les points de vue narratifs, et de les choisir dans la mesure à élargir le récit autant que nécessaire. Une technique qu'il met régulièrement à profit dans sa saga, tandis qu'elle lui permet de présenter un monde en guerre à travers les regards de chacun des camps qui s'affrontent sur l'échiquier. Il évoque la possibilité d'un narrateur omniscient, mais il lui aura préféré une mosaïque de points de vue en alternance, procédé moins démodé selon lui.

 

George R.R Martin estime que cela ne cause aucun problème d'emprunter des anecdotes historiques pour nourrir son imaginaire. Lui-même se sera ainsi appuyé sur l'épisode britannique de la Guerre des deux roses, afin d'ancrer son épopée dans l'histoire médiévale réelle avant de l'étoffer à sa façon. Comme il l'explique, voler une seule source serait du plagiat quand en voler plusieurs deviendrait de la recherche.

 

La préconisation suivante concerne l'importance de créer des personnages non seulement réalistes, mais aussi dotés de caractères qui leur sont propres. Une exigence qui demande de savoir s'immerger dans un rôle, ou nécessitera des échanges de vues avec des personnes réelles qui seraient mieux à même d'éclairer sa lanterne quant aux états d'âme d'un nain, d'une princesse ou d'un paraplégique...

 

Il en joue au risque d'irriter parfois certains de ses lecteurs, aussi c'est avec mesure que George R.R Martin invite les écrivains à user de la puissance du deuil dans le récit. La tristesse et la douleur n'étant pas considérées par tout le monde comme des éléments attendus dans un divertissement, elles permettront en revanche de scotcher un public averti en injectant davantage d'émotions dans une histoire.

 

Pas de concessions !

 

Selon Martin, un écrivain ne doit pas trop faire de concessions sur la violence, car elle doit avoir des conséquences dans le récit. Il estime que les armes ne sont pas seulement présentes pour agrémenter la tenue vestimentaire des protagonistes, comme élément de décors dans une aventure médiévale, mais bel et bien pour faire couler le sang. Les actes violents seraient donc à présenter dans toute leur horreur, et si possible avec quelques protagonistes en conservant des cicatrices pour la suite de l'aventure.

 

En sa qualité de passionné, qui a lu des romans de fantasy tout au long de sa vie, l'écrivain conseille aux novices d'éviter les clichés de genres. Lui-même aurait horreur de la manière dont on pourrait avoir tendance à externaliser les signes du mal à outrance, en présentant par exemple un méchant seigneur des ténèbres, retranché dans son château obscur, et sur lequel veilleraient des gardes tous encapuchonnés de noir. En ce qui concerne les guerres fictives, il serait bon de leur trouver des casus belli réalistes et non pas manichéens jusqu'à la caricature.

 

George R.R Martin préconise d'en faire de même avec les personnages, qu'il préfère gris, soit tout en nuances, plutôt que complètement blancs ou à l'opposé, entièrement noirs. Selon lui ce qui importe est de pénétrer leur profondeur de caractère, et savoir révéler de cette manière la bonté enfouie au fond des protagonistes détestables et inversement les défauts que cachent ceux qui sont supposés faire partie du camp des gentils. Le maître met en outre les débutants en garde, car jongler avec un grand nombre de personnages demande du talent.

 

Pour conclure, le papa du Trône de Fer recommande aux novices de ne pas sombrer dans un univers trop pessimiste. S'il trouve que l'art et la littérature permettent de mieux appréhender nos peurs, comme celle de la mort, et que les personnages doivent les vivre à notre place pour nous servir d'exutoire, il estime que l'univers de fiction doit toujours laisser sa place à une touche d'espoir. Même quand l'hiver vient...