Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Quelques gouttes de magie, dans un monde d'univers parallèles

Auteur invité - 08.06.2017

Edition - Les maisons - Shades Magic Schwab - voyages magie monde - Lumen éditions


C’est bien connu, les voyages forment la jeunesse… Et ce n’est pas Kali, la déesse de la destruction, comme de la transformation qui nous contredira. En Occident, la tradition littéraire des déplacements magiques débute avec l’Iliade et ses divinités. Surgir subitement à un endroit pour disparaître derechef, passer de l’Olympe aux plaines de Troie, voilà qui est tentant !


Black Monolith II
Denis Defreyne, CC BY 2.0
 

 

Dans la mythologie laponne, Jabme Akko, la mère des morts – une divinité rarement évoquée, semblable à Pluton –, règnait sur Jabme Abimo, monde dans lequel les âmes des défunts se réincarnaient, pour jouir de leurs droits. Les Lapons croyaient en effet à une forme de récompense post-mortem. Ainsi, c’est en reprenant possession d’un corps charnel que l’on accédait à la félicité.

Cependant, certains sorciers prétendaient pouvoir, de leur vivant, se transporter – spirituellement du moins –, dans le royaume des défunts. Leur voyage visait à obtenir les faveurs d’un mort, ou la guérison d’un malade. Pour ce faire, le magicien se plongeait dans une stase dont un autre sorcier devait l’aider à sortir. Mais une fois arrivé à Jabme Abimo, il en était réduit à un rôle de spectateur et de récepteur… À condition, bien sûr, que les autres morts acceptent sa visite et sa demande. Le voyage astral venait de prendre une tout autre dimension.

 

Sans magie apparente – et malgré quelques ratés –, Gilbert Gosseyn, le héros de Van Vogt, possède également ce pouvoir de téléportation à volonté. Ses voyages s’opèrent grâce à un second cerveau qui lui permet de « recalculer » la réalité. Mais avançons un peu dans le temps. Si l’on en revient aux sorciers, on se souvient que la capacité à « transplaner » chez Harry Potter avait fait des émules. Ce mode de déplacement fait ainsi disparaître toute forme d’évocation technologique.

 

Car les cas de Gosseyn et de Potter se recoupent bien dans ce que l’on appelle la psychokinèse, ou téléportation parapsychologique. Or, pour l’heure, l’unique téléportation qui soit scientifiquement avérée reste celle pratiquée par des chercheurs américains qui ont déplacé un atome de quelques millimètres. 

 

La magie, par son aspect poétique, semble alors une approche toute désignée pour évoquer cette capacité de déplacement, qui n’agit encore qu’au niveau quantique. Après tout, l’auteur Arthur C. Clarke disait bien que « toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».

 

Gouttes de magie et mondes parallèles
 

Dans son roman Shades of Magic, Victoria Schwab se confronte à son tour à ces questions et y apporte une nouvelle dimension. Car non seulement Kell – son héros – est en mesure de pratiquer une magie reposant sur la téléportation, mais il est surtout capable de se déplacer entre différents univers parallèles.

Et si cette idée fait écho à Stargate, où le sujet était déjà abordé, elle fait également penser au Monde des Ā de Van Vogt. En effet, Gilbert Gosseyn ne bascule-t-il pas dans d’autres réalités ? A une différence notable : Stargate s’appuie sur une porte des étoiles, très technologiques, et Gosseyn ne fait, finalement que se déplacer dans le système solaire.

 

C’est dans une cité de Londres bigarrée que Kell exerce ce pouvoir tant convoité : il est en effet un des rares privilégiés à avoir la capacité de transiter entre les différents mondes. Afin de s’y retrouver il leur a d’ailleurs attribué à chacun une couleur. Le sien est rouge, mais il y a aussi le gris, le blanc… et le légendaire noir.
 

[Extraits] Shades of magic - tome 1 de V.E. Schwab  


Son métier est de porter d’un Londres à l’autre des messages, que les puissants s’adressent, mais ne pourront jamais délivrer eux-mêmes. En temps normal, le prix d’un passage entre deux mondes lui coûte peu – seulement quelques gouttes de son sang, élément indispensable pour que la magie de ce voyage opère. 


 

Sauf que Kell est un peu collectionneur et profite de ses missions diplomatiques pour se livrer à un traffic d’objets entre les différents Londres. Le problème ? Il est formellement interdit de passer quoi que ce soit (hormis la correspondance) d’un univers à l’autre. Le jeune homme s’en moque bien, mais à défier certaines lois, et faire d’un pouvoir un passe-temps lucratif, Kell risque de s’exposer à de dangereuses conséquences…

Shades of Magic - Victoria Schwab - Editions Lumen - 9782371021167 -  15€