Quercus, pionnier des conflits avec Amazon

Louis Mallié - 06.06.2014

Edition - International - Hachette - Amazon - quercus


Melville House rappelle que fin mars dernier, Hodder & Stoughton, filiale de Hachette Book Group, avait acheté la maison d'édition indépendante Quercus pour 12,6 millions £. Le directeur général de Quercus, Mark Smith avait déclaré que « l'industrie de l'édition semble aujourd'hui divisée uniquement entre les très grosses et les très petites sociétés. » Il appelait l'industrie de l'édition à réfléchir sur  la « concentration de pouvoir dans le secteur de la distribution, et à combien un petit acteur comme [ eux ] peut donc rencontrer des difficultés dans le négociations ». Le London Evening Standard a révélé que sous ses mots, c'est Amazon qui aurait été visé. 

 

 

 Une saga a fait le succès de la maison

 

 

Dans un article du journaliste Gideon Spanier, le journal révèle que « Quercus a été impliqué dans un conflit avec le géant américain Amazon pendant presque 6 mois sur plusieurs questions dont celle des prix, au cours de l'année dernière. » D'après lui, certains livres de Quercus étaient ainsi devenus « indisponibles » sur le site d'Amazon, contribuant ainsi à la perte de revenus qui a tiré l'entreprise vers le fond. Le conflit aurait trouvé une issue vers le mois de décembre, après que la petite maison ait déjà subie des pertes dites « signifiantes ». Autrement dit suffisamment grosses pour gréver le bilan 2013 de l'entreprise, qui était alors partie à la recherche d'un acheteur dès le mois de janvier.

 

À propos de l'origine du conflit, David Potter, sous-directeur de Quercus, a refusé de rentrer dans les détails, expliquant seulement qu'Amazon demandait « constamment des réductions, et des réductions, et des réductions… » Quercus aurait tenté de résister mais  « Amazon est de loin le meilleur client pour les ebooks, et vous ne coupez pas les ponts avec votre meilleur client. » 

 

En outre celui-ci a tenu à faire remarquer que « Amazon se comporte comme un guépard égorgeant ses gazelles à même le sol. Selon moi, cela montre que les régulateurs ne se sont pas encore rendus compte combien internet est en train de changer l'industrie du livre. » D'après lui, c'est la raison pour laquelle les autorité américaines ont eu tort de sévir contre les éditeurs du Big Five, auxquels Apple avaient proposé de fixer eux-même le prix des ebooks - allant ainsi à l'encontre de la politique d'Amazon. « Les gros éditeurs se font taper sur les doigts pour avoir voulu stimuler la compétition… et Amazon reste dominant. »

 

Amazon n'a pas souhaité intervenir sur le sujet d'après le London Evening Standard, mais la firme s'était précédemment défendue en arguant que les négociations un peu abruptes font partie de ce qui leur permet de conserver un service de qualité auprès des consommateurs…. Pour autant, David Potter avoue lui-même que la maison Quercus ne doit sa perte qu'à elle-même et qu'elle ne doit pas être imputée à Amazon : cette dernière se serait « développée trop vite », s'offrant le luxe risqué d'un prêt de de 2 millions £  chez Barclays. « Les petites compagnies devraient se financer elles-même avec équité, et non des dettes », conclue-t'il.

 

Quoi qu'il en soit, la maison devait donc être rachetée quelques jours plus tard par Hachette Book Group, se voyant même accorder le privilège de demeurer dans une « section distincte » du groupe … Groupe à présent en conflit avec Amazon. C'est ce qu'on appelle l'ironie du sort.