Qui aurait voulu la peau de Murakami dans un entretien exclusif ?

Clément Solym - 06.03.2012

Edition - Société - Magazine littéraire - Haruki Murakami - Salon du livre de Paris


A l'approche du Salon du livre de Paris, la guerre des rédactions fait rage. Et manifestement, tous les coups sont permis. Tous. En effet, avec le Japon pays invité d'honneur du Salon du livre de Paris, les mensuels sortent leur numéro avec un dossier plus ou moins consistant sur le sujet. 

 

Or, voilà que Le magazine littéraire vient de décocher une couverture annonçant une « rencontre exclusive » avec Haruki Murakami, la star japonaise, dont le monde entier désespère qu'il ne soit pas présent au Salon du livre de Paris. Le romancier y « commente » son livre 1Q84. 

 

En face, Lire dégaine un fameux Le guide de la littérature japonaise. Bref, chacun approche la future grande thématique du Salon du livre de Paris avec ses armes. 

 

 

 

Mais L'Express, qui partage avec le magazine Lire d'appartenir au même groupe, en apprend une bonne à l'internaute. En effet, la rencontre exclusive avec Murakami, titrée par le Magazine littéraire ne serait pas si exclusive que cela. Quid ?

 

« Las ! loin d'avoir rencontré la star japonaise, le mensuel dirigé par Joseph Macé-Scaron n'a fait qu'acheter les droits de reproduction et traduire de l'anglais un entretien (amputé du paragraphe d'introduction) recueilli par la Britannique Emma Brockes et publié par le quotidien The Guardian le 14 octobre 2011. »

 

 

 

Diable, on nous aurait menti ? Et au mensonge, s'ajouterait la tromperie ? « Le nom d'Emma Brockes n'est même pas cité parmi les contributeurs du numéro », soulignent ainsi nos confrères. Mince… y'aurait donc quelque chose de pourri dans le monde de la presse ? 

 

Laurent Nunez, rédacteur en chef du Magazine littéraire, contacté par ActuaLitté, rit jaune - sans crapuleux ni mauvais jeu de mots, il manquerait plus que ça. « On savait que nos confrères de L'Express/Lire nous lisaient avec attention et patience, mais à ce point… »

 

Une déclaration de guerre entre rédactions, qui ne manque pas de souligner la présence de Joseph Macé-Scarron, pour éveiller dans l'esprit du chaland les fameuses affaires de plagiat, dont le responsable a été accusé. C'est un coup fameusement bas, mais vous étiez avertis. Pour mémoire, Lire est sous l'égide de François Busnel, l'homme qui, s'arrage pour assurer la promotion de sa femme, Delphine de Vigan, et de son roman, directement dans ses émissions télé, sur France 5

 

Un partout, balle au centre.

 

« Nous savions que Murakami ne viendrait pas, et nous avions vu l'entretien que le Guardian avait publié, sous la plume d'Emma Brockes. Alors, nous avons fait quelque chose de très régulier : nous avons acheté les droits de l'entretien anglais, et nous l'avons fait traduire, puis publié en français. Nous avions ainsi l'exclusivité en français de cet entretien, quelque chose de très classique, qui se fait régulièrement dans la presse », poursuit Laurent Nunez.   

 

Mais ce que l'on trouvera étonnant, c'est que L'Express n'ait pas trouvé la mention du nom de la journaliste britannique, sachant pourtant qu'il figure bien en gras, P.90… photo à l'appui.

 

 

 

Evidemment, l'annonce de l'entretien exclusif est donc un peu abusive, mais contractuellement, et après achat des droits de l'article britannique, cela peut se défendre, et à raison.

 

Il paraît que l'on rit encore sous cape, dans l'une des rédactions, en se demandant qui devrait apprendre à lire, et soigner ses dossiers, plutôt que de vouloire chercher des poux dans celui des autres...