Qui fera découvrir le Julien Gracq de demain ? (Mitterrand)

Clément Solym - 30.03.2011

Edition - Justice - prisunic - senat - librairie


Au fil des prises de paroles successives des sénateurs et sénatrices, c’est un discours joyeusement calfeutré, et bien poli qui a été servi. Peu importe le groupe politique auquel les uns et les autres pouvaient appartenir, tous avaient le même projet.

La défense de l’extraterritorialité, sur laquelle Frédéric Mitterrand est récemment revenu, était au coeur des propos de chacun. Et c’est presque d’une voix unanime que tout un chacun se montrait désireux de sauver le livre. Et peu avaient avaient conscience, comme Jack Ralite, que « cette loi peine à définir son objet même ».

Elle aura été ponctuée par plusieurs errances de David Assouline, confondant un peu les acteurs et leurs actions - Amazon acteurs anglais (? sic), les ebooks Kindle lisibles uniquement sur... PC (re-sic). C’est ce dernier aura introduit son discours en citant les propos de Jack Lang, voilà trente ans... de quoi démontrer une fois de plus que personne ne fait réellement de différence, et ne comprend combien les situations ont changé entre temps...

Le ministre, toujours consensuel, n’aura pas manqué de déplorer l’arrêt des discussions entre les auteurs et les éditeurs. Selon lui, l’intervention de l’État était indispensable, même « à un stade précoce », avant tout pour que la loi « soit la meilleure garantie » de la conservation de la valeur du livre. Si le gouvernement se montre attentif aux décisions de la Commission européenne, mais justement : la question sera portée devant la CE, pour démontrer que la loi sur le prix unique du livre numérique répond « à un enjeu crucial de préservation de la diversité culturelle ».


Rappelant son étonnement « devant la disproportion des moyens déployés » lors de la descente des cowboys de Bruxelles, venus enquêter sur une possible entente illégale entre éditeurs, le ministre considère qu’il s’agissait là d’une « manifestation d’hostilité sans précédent contre les acteurs » du livre. Mais il n’est pas question de laisser les « supermarchés numériques » devenir l’unique visage de la librairie de demain. « Qui fera découvrir le Julien Gracq de demain ? », interroge le ministre.

Le sénateur socialiste Serge Lagauche aura résumé les propos de tous : en quoi une loi excluant l’oligopole de Google Apple et Amazon, permettrait de sauvegarder le livre numérique vendu par les libraires en France ? « Le livre ne peut pas être traité comme pour sa simple valeur commerciale. » Une sorte de redite que tous les observateurs sur Twitter n’auront pas manqué de remarquer... pour ceux qui ne se sont pas endormis - voire ont volontairement planté leur connexion internet...


On pourra retenir, pour l’exemple, quelques phrases comme celle de Colette Mélot, rapporteur, « Les libraires doivent pouvoir exister sur ce nouveau marché. » ou de David Assouline, sur le marché du livre numérique : « 1% c'est déjà pas mal, ça veut dire que ça existe. »

Le besoin de  reconnaissance, c'est terrible !