Qui sont les « nègres » d'aujourd'hui ?

Clément Solym - 26.08.2011

Edition - Société - nègres - écrivains - collaborateurs


Faire appel aux talents rédactionnels d’une tierce personne, autrement dit « prendre un nègre », est une pratique ancestrale en littérature.

Une bonne partie de nos classiques n’ont sans doute pas été écrits par ceux que l’on croit et cette mauvaise habitude, si on en parle peu, est loin d’avoir disparu.

Le politiquement correct

J’oubliais, aujourd’hui on ne dit plus « nègre », on dit « collaborateur ». Ainsi, les collaborateurs littéraires se feraient de plus en plus nombreux, d’après une enquête du Figaro. Ils se diviseraient en deux parties, les officiels et les officieux...



Les avoués


Il y a encore quelques années, les célébrités écrivaient elles-mêmes leurs autobiographies, du moins en théorie et le nom du nègre n’apparaissait jamais sur la couverture. Jusqu’à ce qu’une certaine blondinette tout droit sortie de Loft Story accepte de faire paraître le nom de son « collaborateur » sur la couverture de son livre, « Elle m’appelait...Miette ». À vrai dire, la midinette et son éditeur n’avaient guère le choix, puisque tous les paparazzis de Saint-Tropez avaient vu l’écrivain (Jean-François Kervéan) la suivre partout pendant des jours.

C’est alors que l’on a découvert un détail intéressant : la publication du nom du collaborateur n’a pas d’incidence sur les ventes. Dès lors, les éditeurs ont tous accepté de faire paraître le nom du nègre sur ce type d’ouvrages. On préfère les choix moraux, tant qu’ils ne touchent pas le porte-monnaie.

Les désavoués

Si un « collaborateur » officiel n’est pas gênant et peut désormais toucher un salaire tout à fait légal et fixé directement avec l’éditeur, reste que quelques cas plus délicats.

Ainsi, le grand écrivain qui n’écrit pas son livre, n’est pas forcément ravi que ce détail soit avoué à ses fidèles admirateurs. Dans ce cas, les bonnes vieilles traditions reprennent du service et les nègres, soudain ne s’appellent plus des collaborateurs.


Selon un documentaire réalisé par Armelle Brusq (Les nègres, l’écriture en douce), près d’un tiers des publications en France seraient des livres « à la paternité peu claire ».

Les auteurs à succès surproductifs qui foisonnent depuis quelques années seraient impliqués dans de véritables stratégies de marketing, parfois avec une équipe entière derrière eux, cadeau de la maison, bien évidemment.