Quitter diffusion/distribution, et contrôler à nouveau sa maison et ses livres

Nicolas Gary - 03.09.2020

Edition - Economie - éditeur diffusion distribution - livres libraires éditeur - retours librairies livres


Les éditions Evalou, maison jeunesse audacieuse et bourrée d’humour, ont décidé de reprendre leur indépendance. À compter de ce début septembre, la maison se chargera d’assurer sa propre diffusion auprès des libraires. Et, promis, les commandes seront expédiées « avec plein de bisous dedans », assure David Ribet, le fondateur.


 

Précédemment, c’est au CEDIF qu’Evalou avait confié le soin de faire découvrir ses livres aux libraires, et Pollen en assurait alors le déplacement – les deux têtes de l’hydre, diffusion et distribution. Pour une maison indépendante, cette démarche implique un saut industriel : on passe d’une production avec un rayonnement modeste, à une capacité nationale – voire francophone. Une démarche qui s’inscrit dans une volonté d’évolution de sa structure, du point de vue commercial. Et qui n’a rien d’obligatoire à la création par ailleurs. 

Evalou vit le jour en 2018, et David Ribet aura passé son année 2017 à la recherche de structures permettant d’assurer diffusion et distribution. « Car on nous avait dit, à maintes reprises, qu'il nous fallait impérativement passer par ce biais pour exister », note David Ribet. 
 

Les premiers pas dans le grand bain


À la création, trouver de pareils partenaires équivaut à chercher une banque quand on envisage un prêt pour l’ouverture de sa librairie : les refus sont nombreux. Avec le CEDIF, Evalou disposait des conseils de Benoit Vaillant et Cyril Vachon, ainsi que de 10 représentants qui « sillonn[eraient] la France avec nos albums sous les bras, dépeignant avec amour nos petits livres, prenant des commandes à la pelle...  Ah ! comme la vie d'éditeur était simple » !

Pourtant, passés 24 mois, l’éditeur doute : les livres sont absents des enseignes et librairies où il se rend, et les libraires ne semblent pas même avoir été informés de l’existence de la maison. Quand certains affirment ne pas avoir plus d’une ou deux visites du CEDIF par an – voire ne pas savoir qu’il existe. L’éditeur décide de mener l’enquête, et tente de se rapprocher d’autres maisons qui annoncent leur départ du CEDIF : « Et là, unanimement, les avis furent sévères, rédhibitoires. Les éditeurs quittant notre diffuseur le faisaient la rage au ventre, le cœur plein d'amertume », résume-t-il.
 

Euclide n'est plus d'accord


Aux mêmes causes, les mêmes conséquences : placements insuffisants, illogiques, sans pertinence, ou contreproductifs lui sont remontés. D’autres confirment que les résultats fluctuaient au gré des années, parfois bonnes, parfois pas du tout. S’ensuivent alors les finances : pour certains titres, Evalou accusait le coup de 75 % de retour : pour chaque livre que renvoyait un libraire, il fallait en vendre trois, entrainant « des dettes faramineuses. Mathématiquement nous étions sous l’eau ». 

Pas faute, pourtant, d’avoir bénéficié dans la presse d’un bel accueil, télévision, radio, auprès des influenceurs. ActuaLitté s’était enthousiasmé pour l’imprononçable Zébéléhyène touchante et drôle. Sauf que les chiffres, eux, ne se préoccupent pas de l’enthousiasme, avec une terrible conclusion : « Soit on arrêtait de passer par eux, soit on devait prendre un crédit pour payer les commissions des uns et des autres. Ne pas gagner d'argent pour éditer des livres, soit. Prendre un crédit pour éponger des dettes, pas question. »
 

“Je peux très bien me passer de toi...”


Et avec le temps, d’autres incohérences apparaissent, comme un nombre d’exemplaires détériorés avoisinant 10 % du tirage – et qui après quelques investigations, finit par revenir à 4 %. « Un vrai sentiment de ne rien contrôler, d'être dans le flou en permanence.  Lorsque nous demandions l'état des stocks précis, ne serait-ce que pour payer nos auteurs, on nous répondait que les livres étaient "à l'extérieur", chez les libraires, et qu'il fallait faire les comptes "à la louche"... », déplore David Ribet.

La décision de rompre le contrat fut collégiale, et ce dernier fut alors dénoncé avant la date des trois ans. « Aujourd'hui, nous avons rapatrié notre stock de livres chez nous, dans le garage, la salle de bain et la véranda », plaisante (à peine) l’éditeur. Mais ces contraintes impliquent une prise de conscience : « Nous avons aussi compris que les tout petits éditeurs pouvaient tout à fait se passer d'un diffuseur, surtout s'il est très moyennement bon, et gérer la diffusion seuls. De même pour la prise des commandes et l'envoi des colis. »
 

L'indépendance retrouvée


Et s’il faut repartir dans une approche pédagogique avec les libraires, sur les taux de remises – plutôt 30 que 40 % – ou encore sur les retours qui ne sont plus acceptés, « paradoxalement, ils prennent des commandes malgré tout. Même les grandes enseignes, que l'on imaginait dicter leurs lois et leurs conditions, acceptent notre système sans broncher ».

La transition toute fraîche vers l’autodiffusion et l’autodistribution apporte une plus grande maîtrise des flux. Le nombre de livres en stock, où les retrouver en librairie – et plus encore, connaître enfin les libraires, plus personnellement. « Nous avons le contrôle de nos flux et de nos quantités. Nous sommes 100 % indépendants. Bien sûr nous vendrons moins (quoique ?), mais nous vendrons mieux. » Et comme les projets ne manquent pas, comme avec les aventures du Captain Paul, menées avec Sea Shepherd, la maison semble ne s’en porter que mieux.

« Aujourd'hui nous avons le sentiment d'enfin maîtriser les choses dans leur intégralité sans passer par la case déception. Car c'est bien de cela dont il s'agit : un sentiment de déception, de gâchis », conclut David Ribet. D’autant plus pesant que « humainement, les gens avec qui nous avons travaillé, au CEDIF et chez Pollen, sont adorables ». 


Commentaires
Aujourd'hui la meilleure solution pour un éditeur est la distribution de ses livres en impression à la demande comme le propose les Éditions du Net. Plus d'avance de trésorerie pour l'impression des livres, plus de stock, plus de retour, l'éditeur n'a plus de charges fixes pour la distribution uniquement des revenus.

De plus avec une production des livres sous 24 H, les délais de livraison aux libraires sont les mêmes que chez une distributeur traditionnel.

Déjà plus de 30 éditeurs ont choisit les Éditions du Net dont l'INSEE, l'OFCE, Chapitre, Éditions des Archives Contemporaines et de nombreux petits éditeurs. Tous nous disent la même chose : "vous avez changé notre vie, fini les angoisses sur le nombre de retours et sur le montant qu'il faudra payer au distributeur, nous pouvons enfin nous consacrer uniquement à notre métier d'éditeur".
Bonjour à tous,

Je suis à 100% pour l'impression à la demande, une évidence lorsque l'on se soucie de l'environnement. Le problème, c'est que l'impression à la demande oblige les libraires à acheter en ferme et c'est là que tout bloque. La plupart des libraires, habitués à retourner leurs invendus, refusent.Pourtant, on ne va pas pouvoir accepté encore longtemps d'un livre sur quatre finisse au pilon, quand parallèlement on lutte contre le gaspillage alimentaire !
Bonjour Catherine! L'impression à la demande, c'est l'idéal : pas de stock, réactivité immédiate... Mais dans notre cas, celui des album quadri relié, le prix monte en flèche et l'impression traditionnelle OFFSET représente ce qu'il y a de mieux en terme de prix de revient. Pour ce qui est de la possibilité de retourner les livres, c'est justement ce qui nous a contraint à quitter ce systeme : il est peut-être adapté aux grosses structures mais les petites ne peuvent absorber les couts liés à ce fonctionnement. Chez Evalou, nous refusons désormais les retours et devinez quoi : plusieurs librairies jouent le jeu, y compris de très grosses, et c'est salvateur pour nous. A bientot! David
Je ne connais pas le CEDIF mais je sais que les représentants des maisons d'édition semblent appartenir à un autre époque. Ils défilent toute la semaine, nous dérangent, nous monopolisent, parfois nous forcent la main pour prendre des lots qui manquent pourtant d’intérêt. Le diffuseur vit ses dernières heures : rien ne vaut une simple newsletter que l'on consulte quand on le souhaite. En revanche, se passer d'un distributeur, je doute.........
Bonjour Amélia,

Nous allons gérons nous mêmes l'envoi des commandes. Je sais que cela représente du temps pour les libraires, celui de devoir créer un compte chez nous, mais nous sommes référencés sur DILICOM, ELECTRE, CYBERSCRIBE, Decitre... et puis, ce sera l'occasion de faire connaissance avec les libraires. smile A bientot! David
Nous avons toujours refusé entrer dans la machine à broyer les maisons d'édition, à savoir les diffuseurs. Nous nous diffusons seuls et à ce jour nous n'avons pas perdu un seul libraire qui ne paie que ce qu'il vend. Je pense que la diffusion du livre comme on la connaît ce jour ne pourra pas perdurer.
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