Racisme ou sectarisme dans les ouvrages des éditeurs britanniques ?

Clément Solym - 24.11.2016

Edition - Les maisons - Royaume-Uni édition mixité - diversité éditoriale culture - stéréotypes culturels écrivains


L’industrie du livre, au Royaume-Uni, souffre-t-elle d’un très vilain manque de diversité ? Sunny Singh, auteure, présidait le jury d’un prix conçu pour récompenser les auteurs noirs, asiatiques et issus de minorités ethniques. Sauf qu’avec 51 ouvrages présentés, la présidente est totalement écœurée de découvrir un secteur si peu ouvert.

 

Diversity

Ben Mason, CC BY 2.0

 

 

Les auteurs BAME (Black, Asian and minority ethnic) avaient enfin une récompense dédiée, avec une dotation de 1000 £. Le tout pour reconnaître une population dont « le travail est souvent marginalisé, à moins qu’elle ne verse dans une fétichisation romantique de son patrimoine culturel ». En clair, on attend de la couleur locale et de l’exotisme, rien de plus. 

 

Le prix avait alors été mis en place pour saluer le travail d’auteurs, mais Sunny Singh n’en revient pas : « Ce n’est pas que nous ne serons pas en mesure de récompenser un livre qui le mérite, mais qu’il n’y a évidemment pas assez de livres publiés par les auteurs BAME », décoche-t-elle. Et de pointer toute l’industrie britannique, qualifiée de « pathétique, vraiment pathétique ».

 

Le prix Jhalak avait été annoncé en février dernier, alors qu’une enquête de 2015 démontrait le manque de diversité au sein de l’édition d’outre-Manche. Les écrivains BAME étaient en effet rejetés par les éditeurs, dès lors que leur texte ne se conformait pas à une vision stéréotypée et caricaturale de leur communauté. En somme, ils pouvaient aborder les questions liées au racisme, au colonialisme – ou au post-colonialisme. Au-delà, point de salut.

 

Nombre d’agents littéraires avaient abondé dans ce sens, dénonçant des politiques éditoriales d’arrière-garde, conservatrices – voire franchement arriérées. 

 

Si la présidente du jury s’attend encore à recevoir d’ici fin novembre une petite trentaine de manuscrits, elle estime que les 51 déjà obtenus dévoilent beaucoup sur « le grave problème chez les grands éditeurs. Nous avons beaucoup de choses venant de toutes petites maisons, vraiment minuscules. Mais où sont les grands ? Le fait est qu’ils ne publient pas [ces auteurs] ». 

 

Et de rire aux éclats quand la maison Hamish Hamilton lui expédie le dernier livre de Zadie Smith, qui certes rentrerait dans le cadre des auteurs BAME, mais publie depuis 10 ans, et dispose d’une notoriété internationale... Une telle auteure, pour un prix qui démarre, la disproportion est d’autant plus importante qu’elle révèle plus encore la situation. 

 

L’édition britannique manquerait cruellement de diversité, selon les auteurs

 

Le rapport Writing the future de 2015 avait pourtant suscité une véritable grogne. Nicola Solomon, directrice de la Society of Authors alignait : « Les résultats de ce rapport ne seront une surprise pour personne dans l’industrie, mais ils n’en restent pas moins préoccupants. La littérature devrait rendre compte de la diversité au sein de la société, et même aller plus loin. [...] Une industrie de l’édition qui ne rend pas compte de la société dessert les auteurs, les lecteurs et elle-même. »

 

Un univers monoculturel, blanc majoritairement, où les auteurs BAME affirmaient « ressentir une pression pour fournir “un certain type d’ouvrages”, conformes à une perception blanche de ce qui est "authentiquement" noir ou asiatique ».

 

Aujourd’hui, Singh se désole : « Les auteurs sont là. C’est la faute des éditeurs. Nous connaissons le problème et nous connaissons la solution. Il suffit que les éditeurs agissent. Ce n’est pas une question politique ni sociologique : c’est un problème de morale. Les éditeurs ont besoin de se bouger, plutôt que d’en causer. »

 

via Guardian