Random House rachète Santillana : mainmise sur l'édition en Espagne

Nicolas Gary - 20.03.2014

Edition - International - Espagne - Random House - Santillana


La carte et le territoire de l'édition espagnole se résumeront bientôt à peu de choses : d'un côté, on trouve le groupe Penguin Random House, de l'autre le groupe Planeta. Or, le premier vient de racheter la société Santillana, pour 72 millions €. De quoi permettre une observation des plus judicieuse : le marché se concentre abominablement. 

 

 

Frankfurt Book Fair 2013

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Ce qui n'était que rumeurs est devenu informations : l'opération a été conclue mercredi, et le conglomérat allemand, Random House, appartenant à Bertelsmann, prend une position très forte désormais. C'est qu'en décembre 2013, RH entrait en négociations avec le groupe de presse Prisa, pour le rachat de plusieurs maisons d'édition, Alfaguara, Taurus, Aguilar et Suma de Letras. On démentait à l'époque que le marché ait été conclu, mais il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que l'on change de discours.

 

Ces maisons appartiennent en effet à la filiale éditoriale de Prisa, Santillana Ediciones GeneralesL'annonce officielle intervient quelques trois mois plus tard, mais la mariée n'est pas si bien dotée que cela : une forte dette accompagne le groupe, qui d'ailleurs, nie toute fusion ou accord.

 

Comme le souligne Markus Dohle à El Diaro, l'un des principaux objectifs dans le rachat de Santillana, c'est la conquête de l'Amérique latine. « L'opération porte sur deux de nos principaux objectifs stratégiques : renforcer notre engagement à long terme sur la publication de livres en espagnol, alors que nous avons augmenté notre potentiel commercial et littéraire, dans l'un des marchés linguistiques les plus dynamiques au monde, et établir une forte présence au Brésil. »

 

D'autant que, dans son optique de développement, Random House a fusionné en juillet 2013 avec Penguin : Berteslmann et Pearson décidaient de créer une société pharaonique, dans le secteur de l'édition, avec un chiffre d'affaires de 3 milliards €. Et des possibilités de croissance en Inde et en Chine faramineuses.

 

Avec Santillana, c'est désormais l'Argentine et le Pérou qui sont dans le viseur. Et pour boucler la boucle, voici quelques données sur les ventes de livres numériques : 31 % du marché au Mexique, et 24 % dans le reste de l'Amérique latine. S'il fallait tenter de convaincre, les chiffres viennent à l'appui.

 

Les autorités de la concurrence doivent encore donner leur agrément pour ce rachat, lequel devrait intervenir d'ici deux à trois mois. Ce qui n'empêche pas Random House d'envisager la publication de 1500 titres annuellement - contre 2000 pour Penguin, en 2014. Avec des noms qui sonnent doucement à l'oreille, tels que  Mario Vargas Llosa , Gabriel García Márquez , José Saramago , JM Coetzee , Orhan Pamuk , Doris Lessing  ou encore V.S. Naipaul. 

 

En face, le groupe Planeta, propriétaire en France d'Editis, doit tout de même sentir que l'étau s'est légèrement resserré. En effet, RH, avec Santillana, va disposer que presque tout ce qui se fait en littérature castillane et portugaise.