Rapport : Ciel, mon traducteur ! - variante de la condition humaine

Clément Solym - 03.07.2011

Edition - Société - traduire - rapport - livres


Pierre Assouline, dit Passou, a livré pour le Centre national du Livre une étude concernant « la condition du traducteur ». Un rapport qui entend établir un état des lieux et qui fut présenté durant le Salon du livre de Paris édition 2011.

Bien connu des éditeurs pratiquant la traduction, le CNL prodigue des aides permettant la publication en France d'oeuvres traduites. Mais l'établissement permet également la simplification de la vente de droits, en garantissant une aide pour l'extraduction - du français vers une autre langue.


« Qu’en est-il de la condition du traducteur, aujourd’hui, en France ? Comment cette question détermine-t-elle l’industrie, le commerce, le monde du livre ? Et en quoi conditionne-t-elle la notion comme la réalité des échanges culturels à l’échelle nationale, européenne et, par-delà, internationale ? » Que de questions... avec réponses .

Les risques du métier

« On estime donc qu’il y a actuellement sur le marché 90 % de traducteurs anglicistes pour 60 % de livres traduits de l’anglais », note par exemple le rapport, qui souligne par là même le risque d'une « baisse de la rémunération, déjà en cours, puisqu’une surabondance de talents dans une spécialité entraîne automatiquement une mise en concurrence ».

Pointant également les relations entre traducteurs et éditeurs, dans les reproches que s'adressent les uns et les autres, le rapport conclut avant tout que le traducteur n'est « ni un passeur, ni un serviteur, ni un “estomper”, mais un coauteur qui est en droit de réclamer une certaine visibilité. Débarrassé du fantasme de la transparence, il pourra enfin revendiquer la réalité de l’écriture, ni plus ni moins ». Un point que nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'évoquer avec la Société des Gens de Lettres, sur le statut même de cette profession.
Un idéal de reconnaissance s’esquisse lorsque l’éditeur accorde au traducteur un rôle non seulement d’auteur, ou de coauteur, mais également d’éditeur-associé. Ce fut le cas en mars 2011 lorsqu’Elena Balzamo, traductrice du suédois, constitua à la demande de Stock une anthologie de textes écrits par dix-sept écrivains de Suède, classiques ou contemporains, et qu’elle eut à choisir elle-même les traducteurs de Masterclass et autres nouvelles suédoises, ouvrage collectif qu’elle signa, non sur la couverture, mais sur la quatrième de couverture et sur la page de titre.
La fonction même de traducteur mériterait donc une véritable reconnaissance, qui pourrait passer par un portail, un organisme centralisateur et inhérent à tout ce qui a trait à ce métier. « Le syndrome du plombier polonais, en l’occurrence du traducteur roumain proposant ses services au noir, est une menace improbable. Ou alors cela reflétera un tel état de l’édition française que le tocsin sonnera pour tous, et pas seulement les traducteurs. »

Attention donc : la surchage de travail que l'on fait abattre par des tiers existe. Et nécessite d'autant plus que l'on se penche sur la situation. (voir aussi l'article du Monde)

Pour l'avenir, il serait impératif de « relancer, sans plus tarder, le face à face entre les traducteurs et les éditeurs, les uns regroupés par l’ATLF et la SGDL, les autres derrière le SNE, avec l’arbitrage du CNL ». Une démarche qu'Antoine Gallimard, président du SNE semble accueillir avec enthousiasme

On pourra retrouver les 131 pages du rapport à cette adresse.

L'enjeu à 1000 €

Toutes ces réflexions ne feront qu'aviver l'intérêt que l'on peut porter aux initiatives lancées par Google, dans le cadre de sa librairie Google eBook, qui depuis fin mai, a introduit son outil de traduction, Translate, directement dans les livres numériques commercialisés. (notre actualitté)
 
Évidemment, pour l'heure, un tel outil fait sourire les traducteurs professionnels, qui raillent, à raison, les fautes diverses et multiples, autant que les erreurs commises par cet outil. Cependant, la capacité d'apprentissage de Google Translate est grande. Et quand bien même ses résultats sont aujourd'hui encore approximatifs, il bénéficie de multiples sources d'enrichissement, de même que les internautes peuvent aider à améliorer les traductions proposées.


Dès lors, la question se posera : avec quelle facilité ne se passerait-on pas, en étant particulier, chercheur ou curieux, de l'intervention d'un professionnel ? En somme, Google finira bien par fournir un service plus perfectionné encore. Et tous les livres ne sont pas traduits. Si la demande s'estompe, du fait des progrès de la machine, où en sera-t-on dans une dizaine d'années ? Et dans une trentaine ? (Inutile de lancer la polémique avec un 'On ne lira plus du tout !'...)

De Paris à New York, sans escale !


De quoi rebondir également sur l'étude présentée en avril 2010 par le MOTif, qui portait sur la traduction des oeuvres tant vers l'anglais, que principalement depuis l'anglais dans le paysage éditorial français.

« L'engouement pour les traductions n'est pas spontané. On prend ce que le marché offre. Mais la découverte d'auteurs étrangers, cela passe par une pédagogie - et le déclin de l'enseignement du français en cours participe au manque d'intérêt des lecteurs, si l'on peut dire. À ce titre, les universités et les enseignants ont un rôle prescripteur essentiel, qui permet depuis longtemps, de pouvoir faire découvrir. » (notre actualitté)




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